ARRIVEE

Arrivée à Calcutta 22 octobre 2005

si, si, c'est bien une rue !

Description : Petites infos sur mon arrivée à KOLKATA (Calcutta pour les intimes) : avion, logement, "mousson", ...

texte en gris déjà cité dans le journal commun, si vous l'avez lu, passez directement au texte en noir.

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ARRIVEE sous un temps de mousson

Après un décrochage de l'avion en entrant dans la couche nuageuse, nous avons atterris à 5h du matin dans la nuit encore. 25°C de température, enlever le pull et les chaussures s'est fait sentir très vite. Temps pluvieux depuis 3 jours paraît-il, ça ressemble à la mousson que je n'ai pas eue cet été. Eux, ils disent que c'est juste de la pluie.

En tout cas ils annoncent ce temps là pour 10 jours ! Rues inondées en prévision et pataugeoires obligatoires pour aller à Mother House (la Maison Mère des Missionnaires de la Charité où nous avons le rendez-vous tous les matins. Je vous renvoie au site des volontaires que j'ai fait pour toutes les descriptions de la journée d'un volontaire et des lieux : http://calcutta-volontaires.fr.st , je ne peux pas tout répéter ou décrire dans les lettres.).
Donc, en descendant de l'avion, forte pluie, nous sortons par un "tunnel sur roue". Je pense que c'est dans la nuit écourtée (on a pris la nuit à reculons, il était 0h30 environ en France et 5h quand nous sommes arrivés le matin en Inde.) ou en prenant mon sac de cabine, que j'ai perdu mon mobile ! Ca commence ! Evitez donc de m'envoyer des SMS, tant que je n'ai pas de mobile, je ne pourrai pas vous lire. Je verrai plus tard si en vidant tout mon sac à dos je ne le trouve pas et je verrai alors si j'en achête un autre ici.
200 roupies (4 € env.) de taxi qu'il me faut partager avec deux italiennes, sinon le chauffeur veut davantage : 250 ! Hors de prix. Si, si, c'est trop cher. D'accord, les taxis parisiens prennent plus, c'est sûr, mais pour ici c'est pas le tarif. C'est 200, et c'est bon. Augmentation de l'essence, qu'il me dit. Qui a dit qu'ils n'étaient pas au courant des nouvelles internationales ? De toute façon, tout est bon : l'essence, le parking, l'heure, le temps ... Les deux italiennes ont pris le "pré-payé" qui doit assurer un prix fixe. Elles ont payé 210 Rps (roupies) pour le taxi et pour les deux ! En fait il s'est fait ses 410 Rps au lieu de 200 pour le prix d'un voyage de 17 km pour le centre, à Sudder Street. C'est ça l'Inde, on y met les pieds tout de suite. L'essuie-glace (du coté chauffeur, donc à droite !) fonctionne un peu de temps en temps, quand la visibilité se fait difficile, à croire qu'il y a un indien sous le capot qui ne travaille que quand on lui met une tape sur la tête -pratique normale ici-. Le mien de mon côté (je suis monté devant) ne marche pas. C'est normal !
L'arrivée dans les quartiers de banlieue, puis dans les rues encombrées de la ville elle-même, est toujours quelque chose de saisissant. Malgré l'habitude, la vie indienne nous plonge brusquement dans un autre monde. Vaches isolées, chiens marchant sur la route sous la pluie, les oreilles rabaissées, les indiens à vélo, coiffés d'un sac pour se couvrir les cheveux, certains portant de grands sacs plastiques qui les emballent comme des poubelles à vélo ! Plus loin, nous commençons à croiser des camions, tous plus ou moins en bon état, rouillés, décorés de fleurs multicolores peintes sur la cabine et les bords, Shivas et Aums sur l'avant, petits diables peints sur l'arrière comme pour dire : attention, ça freine souvent !, et puis les "stop" derrière les roues arrières écrits avec des coeurs pour le "o" ou un "s" calligraphié digne d'une lettre d'amour; mais c'est juste un "STOP"! Et il y a aussi toutes les inscriptions obligatoires du genre : "Vitesse limitée à 40 km/h", "SVP, klaxonnez" et le fameux "Great India" et son drapeau, Vive l'Inde.
Mais Calcutta ce n'est pas que du monde, même s'ils sont quelques 13 ou 14 millions, ou un climat équatorial avec cocotiers, bananiers ... et mousson, pollution, bruit... C'est aussi, et surtout, ces milliers de gens qui sont dehors, par n'importe quel temps, n'importe quelle saison. Et aujourd'hui particulièrement, ils sont encore des centaines à ne pas s'être mis à l'abri. Nous passons un pont sur le chemin de fer. Au bout, sur le bord, une créature accroupie, vêtue d'un plastique transparent. Je dis "créature", car je ne saurais dire s'il s'agissait d'un homme ou d'une femme, et pourquoi pas autre chose, car il semble impensable de voir quelqu'un ici, sous la pluie forte, au bord d'une route, prostré, son écuelle de fer devant elle, mendiant quelques roupies d'un éventuel passant généreux. Comme de tout temps et partout, les ponts sont un lieu de traversée, et il semble que cette personne ai trouvé là un point de passage gratifiant. Mais jusqu'où est-elle allée pour ça : elle est là, oubliée de tous on dirait, au risque de se faire faucher par une voiture qui croise, un camion qui roule vite, au risque d'être arrosée par une flaque. Cela me rappelle cette femme que j'avais vue sous le grand pont d'Howrah cet été. C'était bien une femme, en sari, accroupie comme toujours, comme le font les indiens pour s'asseoir, la misère du monde dans ce bout de femme. Elle s'était mise sous un passage couvert à l'abri d'une pluie fine, sur le semblant de trottoir aussi large que ses pieds, ... devant une grosse flaque d'eau ! Les voitures qui passaient alors, roulaient à peu prés au milieu de la route, mais il aurait suffit qu'une autre arrive en face et oblige de se rabattre sur un côté, et la pauvre femme était noyée sous une vague d'eau boueuse immanquablement. On pourrait dire aussitôt : il y a de la stupidité chez eux ! Pourquoi juste devant une flaque ? Et pourtant, ici les situations sont souvent de cet ordre, comme si la pauvreté les poussaient à des absurdités, des actes inconscients, immatures ou débiles. Mais c'est là que nous les rejoignons. N'y a-t-il pas chez nous des gestes suicidaires, asociaux, idiots, parce que nous avons juste voulu nous offrir une télé et que nous avons des dettes, que nous achetons le dernier téléphone portable avec photos alors que nous allons refuser d'aider une association caritative ? Cette innocence des pauvres est si touchante, si dure aussi, qu'elle ne laisse pas insensible. J'en reparlerai sûrement lorsque je raconterai Kalighat, le centre de Mère Teresa où je travaille, car ces blessures qui n'ont pas été soignées depuis des semaines d'infections, ces corps abandonnés de tous alors qu'ils meurent sur un quai de gare ou dans une ruelle, me fait monter toujours ces mots que l'on ne prononce même plus : POURQUOI ? Ils pourraient faire attention, se soigner, aller demander de l'aide, se mettre à l'abri, .... mais ils ne le font pas, ils vivent comme s'ils voulaient mourir plus vite, comme s'ils lançaient un cri dans le vide pour dire combien leur vie n'importe à personne. Et comme disait Paulo Cehlo : ils avaient tant à donner ... et le monde demandait si peu !

Revenons à mon arrivée. Vers 7h du matin les hôtels ne prennent personne encore et il faut patienter jusqu'à 9h ou 10h.
Je trouve une place à l'hôtel Paragon près de Sudder Street pour 140 Rps, une chambre seule, petit placard à balai où il n'y a que la place du lit. Le bouquet, c'est qu'il pleut ... et dans ma chambre aussi ! Goutière qui me fera baisser le prix à 130 Rps, quel effort ! J'installe mon poncho de pluie comme une tente au dessus du lit qui se mouille. Je me rend compte que ça commence à ressembler aux toiles noires des indiens qui dorment dans la rue.
Dans l'hôtel, surtout des japonais qui ont trouvé là un espèce d'Amsterdam où il est facile de vivre des semaines à moindre prix et pour faire la fête le soir et de la "fumette" qui sent bon. Le Paragon à perdu peu à peu son attrait d'antant, d'il y a juste un an d'ailleurs, où on se retrouvaient entre français pour manger un roll ou discuter sur les terrasses, avec Alix, Blandine, Violaine et Hédi, Jean-Luc, Jean-Philippe, ...etc. Maintenant ce serait plus Salvation Army qui garde encore cette ambiance là, mais sans terrasse.
Dans la matinée je rencontre déjà Anil et Raj Kumar, mes amis indiens, qui ont réouvert une boutique dans Sudder Street. Après le Tea-Shop vidé de ses clients, ils sont maintenant dans les jus de fruits et les rolls (espèce de pain sans levain comme une grosse crêpe avec des légumes dedans, du poulet, des oeufs, selon. La boutique a été repeinte en vert gazon et a retrouvée un air de neuf ... et c'était pas du luxe. Anil est devenu "patron" de sa boutique. Plus tard j'irais revoir mon ami Vijay qui tient toujours sa boutique de lassis (yaourts liquides typiquement indiens) et de jus de fruits. Ces retrouvailles sont toujours un moment de joie, leur amitié n'a pas bougée de mois en mois. Anil qui s'était fait agressé dans le village (voir l'histoire dans mon récit du mois de septembre 05 "Otage dans le Bihar") va beaucoup mieux (il le dit, mais ça se voit) et il a retrouvé sa bonne humeur de jeune de 22 ans qu'on lui connaissait. Vijay est sur le départ pour une 20e de jours dans sa famille dans le Bihar qu'il n'a pas revue depuis plusieurs mois.

Quelques heures de sommeil à rattraper de l'avion et la journée passe. La pluie fréquente de la journée a bouché les évacuations d'eau ... et le niveau s'est mis à monter dans Sudder Street et devant le Paragon. Ce que je n'avais pas eu cet été, je l'ai en fait en cet automne. Ce n'est pas la mousson, mais je dirais que ce sont les dernières pluies de mousson. Les indiens ne se troublent pas pour si peu et c'est même un jeu que de patauger dans l'eau, de regarder les autres être éclaboussés par une voiture qui roule un peu plus vite ou celui qui est accroupit par terre en train de chercher de ses mains le trou du caniveau et le déboucher à tâtons. Sur le "boulevard des pompiers" que j'appelle, les étudiants et les écoles rentrent. Leur costume impeccable n'a pas résisté à l'envie - et la nécessité - de traverser la rue inondée. Trempes jusqu'aux genoux,ils ont pris l'occasion de jouer, se poursuivre et se pousser dans l'eau. Plus loin, un attroupement et des cris me poussent à aller voir. Un de ces espèces de camionnettes à trois roues à mis celle de devants dans une bouche d'égout ouverte au milieu de la chaussée. Tout le monde s'y met pour pousser, tirer et dégager le véhicule. Victoire, acclamations. La foule se disperse. On met un panier d'osier dans le trou pour signaler le danger. Mais qu'est ce qu'un détritus de plus dans une rue inondée où nagent tous les restes des caniveaux ? Quelques minutes plus tard, c'est un taxi jaune qui à mis sa roue avant droite. Le problème est plus complexe, un taxi pèse plus. Mais avec un gros bambou d'échaffaudage, en faisant levier, ils arrivent à sortir la voiture. Le bambou est planté debout dans le trou, des dalles en pierre sont mises aussi dedans. Le lendemain, il y aura enfin une barrière autour, mais qu'une voiture accrochera en partie. N'importe qui aurait pu tomber à pieds dedants, mais je vous disais que parfois il ne faut pas chercher à comprendre le "pourquoi" !
Premier jour à Calcutta et déjà des milliers de choses à dire. Ici, il est difficile de ne rien voir ou vivre. Cela a un côté passionnant, épuisant aussi, culturel et formateur.
WELCOME TO KOLKATA. Bienvenue à Calcutta et en Inde.

Patrick - le 22 octobre 2005 du bureau de la réception du Paragon (il n'y a que là que je puisse avoir une prise électrique et j'ai vidé déjà la batterie)- 19h20 (19h20 ? non ça c'est l'heure de l'ordinateur, il est déjà 22h40 ici et il faut aller au lit, demain faut se lever à ... 6h, c'est dimanche, chouette grasse matinée !

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