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ARRIVEE
sous un temps de mousson
Après
un décrochage de l'avion en entrant dans la couche nuageuse, nous
avons atterris à 5h du matin dans la nuit encore. 25°C de température,
enlever le pull et les chaussures s'est fait sentir très vite.
Temps pluvieux depuis 3 jours paraît-il, ça ressemble à
la mousson que je n'ai pas eue cet été. Eux, ils disent
que c'est juste de la pluie.
En tout cas ils annoncent ce temps là pour 10 jours ! Rues inondées
en prévision et pataugeoires obligatoires pour aller à Mother
House (la Maison Mère des Missionnaires de la Charité où
nous avons le rendez-vous tous les matins. Je vous renvoie au site des
volontaires que j'ai fait pour toutes les descriptions de la journée
d'un volontaire et des lieux : http://calcutta-volontaires.fr.st
, je ne peux pas tout répéter ou décrire dans les
lettres.).
Donc, en descendant de l'avion, forte pluie, nous sortons par un "tunnel
sur roue". Je pense que c'est dans la nuit écourtée
(on a pris la nuit à reculons, il était 0h30 environ en
France et 5h quand nous sommes arrivés le matin en Inde.) ou en
prenant mon sac de cabine, que j'ai perdu mon mobile ! Ca commence ! Evitez
donc de m'envoyer des SMS, tant que je n'ai pas de mobile, je ne pourrai
pas vous lire. Je verrai plus tard si en vidant tout mon sac à
dos je ne le trouve pas et je verrai alors si j'en achête un autre
ici.
200 roupies (4 € env.) de taxi qu'il me faut partager avec deux italiennes,
sinon le chauffeur veut davantage : 250 ! Hors de prix. Si, si, c'est
trop cher. D'accord, les taxis parisiens prennent plus, c'est sûr,
mais pour ici c'est pas le tarif. C'est 200, et c'est bon. Augmentation
de l'essence, qu'il me dit. Qui a dit qu'ils n'étaient pas au courant
des nouvelles internationales ? De toute façon, tout est bon :
l'essence, le parking, l'heure, le temps ... Les deux italiennes ont pris
le "pré-payé" qui doit assurer un prix fixe. Elles
ont payé 210 Rps (roupies) pour le taxi et pour les deux ! En fait
il s'est fait ses 410 Rps au lieu de 200 pour le prix d'un voyage de 17
km pour le centre, à Sudder Street. C'est ça l'Inde, on
y met les pieds tout de suite. L'essuie-glace (du coté chauffeur,
donc à droite !) fonctionne un peu de temps en temps, quand la
visibilité se fait difficile, à croire qu'il y a un indien
sous le capot qui ne travaille que quand on lui met une tape sur la tête
-pratique normale ici-. Le mien de mon côté (je suis monté
devant) ne marche pas. C'est normal !
L'arrivée dans les quartiers de banlieue, puis dans les rues encombrées
de la ville elle-même, est toujours quelque chose de saisissant.
Malgré l'habitude, la vie indienne nous plonge brusquement dans
un autre monde. Vaches isolées, chiens marchant sur la route sous
la pluie, les oreilles rabaissées, les indiens à vélo,
coiffés d'un sac pour se couvrir les cheveux, certains portant
de grands sacs plastiques qui les emballent comme des poubelles à
vélo ! Plus loin, nous commençons à croiser des camions,
tous plus ou moins en bon état, rouillés, décorés
de fleurs multicolores peintes sur la cabine et les bords, Shivas et Aums
sur l'avant, petits diables peints sur l'arrière comme pour dire
: attention, ça freine souvent !, et puis les "stop"
derrière les roues arrières écrits avec des coeurs
pour le "o" ou un "s" calligraphié digne d'une
lettre d'amour; mais c'est juste un "STOP"! Et il y a aussi
toutes les inscriptions obligatoires du genre : "Vitesse limitée
à 40 km/h", "SVP, klaxonnez" et le fameux "Great
India" et son drapeau, Vive l'Inde.
Mais Calcutta ce n'est pas que du monde, même s'ils sont quelques
13 ou 14 millions, ou un climat équatorial avec cocotiers, bananiers
... et mousson, pollution, bruit... C'est aussi, et surtout, ces milliers
de gens qui sont dehors, par n'importe quel temps, n'importe quelle saison.
Et aujourd'hui particulièrement, ils sont encore des centaines
à ne pas s'être mis à l'abri. Nous passons un pont
sur le chemin de fer. Au bout, sur le bord, une créature accroupie,
vêtue d'un plastique transparent. Je dis "créature",
car je ne saurais dire s'il s'agissait d'un homme ou d'une femme, et pourquoi
pas autre chose, car il semble impensable de voir quelqu'un ici, sous
la pluie forte, au bord d'une route, prostré, son écuelle
de fer devant elle, mendiant quelques roupies d'un éventuel passant
généreux. Comme de tout temps et partout, les ponts sont
un lieu de traversée, et il semble que cette personne ai trouvé
là un point de passage gratifiant. Mais jusqu'où est-elle
allée pour ça : elle est là, oubliée de tous
on dirait, au risque de se faire faucher par une voiture qui croise, un
camion qui roule vite, au risque d'être arrosée par une flaque.
Cela me rappelle cette femme que j'avais vue sous le grand pont d'Howrah
cet été. C'était bien une femme, en sari, accroupie
comme toujours, comme le font les indiens pour s'asseoir, la misère
du monde dans ce bout de femme. Elle s'était mise sous un passage
couvert à l'abri d'une pluie fine, sur le semblant de trottoir
aussi large que ses pieds, ... devant une grosse flaque d'eau ! Les voitures
qui passaient alors, roulaient à peu prés au milieu de la
route, mais il aurait suffit qu'une autre arrive en face et oblige de
se rabattre sur un côté, et la pauvre femme était
noyée sous une vague d'eau boueuse immanquablement. On pourrait
dire aussitôt : il y a de la stupidité chez eux ! Pourquoi
juste devant une flaque ? Et pourtant, ici les situations sont souvent
de cet ordre, comme si la pauvreté les poussaient à des
absurdités, des actes inconscients, immatures ou débiles.
Mais c'est là que nous les rejoignons. N'y a-t-il pas chez nous
des gestes suicidaires, asociaux, idiots, parce que nous avons juste voulu
nous offrir une télé et que nous avons des dettes, que nous
achetons le dernier téléphone portable avec photos alors
que nous allons refuser d'aider une association caritative ? Cette innocence
des pauvres est si touchante, si dure aussi, qu'elle ne laisse pas insensible.
J'en reparlerai sûrement lorsque je raconterai Kalighat, le centre
de Mère Teresa où je travaille, car ces blessures qui n'ont
pas été soignées depuis des semaines d'infections,
ces corps abandonnés de tous alors qu'ils meurent sur un quai de
gare ou dans une ruelle, me fait monter toujours ces mots que l'on ne
prononce même plus : POURQUOI ? Ils pourraient faire attention,
se soigner, aller demander de l'aide, se mettre à l'abri, ....
mais ils ne le font pas, ils vivent comme s'ils voulaient mourir plus
vite, comme s'ils lançaient un cri dans le vide pour dire combien
leur vie n'importe à personne. Et comme disait Paulo Cehlo : ils
avaient tant à donner ... et le monde demandait si peu !
Revenons
à mon arrivée. Vers 7h du matin les hôtels ne prennent
personne encore et il faut patienter jusqu'à 9h ou 10h.
Je trouve une place à l'hôtel Paragon près de Sudder
Street pour 140 Rps, une chambre seule, petit placard à balai où
il n'y a que la place du lit. Le bouquet, c'est qu'il pleut ... et dans
ma chambre aussi ! Goutière qui me fera baisser le prix à
130 Rps, quel effort ! J'installe mon poncho de pluie comme une tente
au dessus du lit qui se mouille. Je me rend compte que ça commence
à ressembler aux toiles noires des indiens qui dorment dans la
rue.
Dans l'hôtel, surtout des japonais qui ont trouvé là
un espèce d'Amsterdam où il est facile de vivre des semaines
à moindre prix et pour faire la fête le soir et de la "fumette"
qui sent bon. Le Paragon à perdu peu à peu son attrait d'antant,
d'il y a juste un an d'ailleurs, où on se retrouvaient entre français
pour manger un roll ou discuter sur les terrasses, avec Alix, Blandine,
Violaine et Hédi, Jean-Luc, Jean-Philippe, ...etc. Maintenant ce
serait plus Salvation Army qui garde encore cette ambiance là,
mais sans terrasse.
Dans la matinée je rencontre déjà Anil et Raj Kumar,
mes amis indiens, qui ont réouvert une boutique dans Sudder Street.
Après le Tea-Shop vidé de ses clients, ils sont maintenant
dans les jus de fruits et les rolls (espèce de pain sans levain
comme une grosse crêpe avec des légumes dedans, du poulet,
des oeufs, selon. La boutique a été repeinte en vert gazon
et a retrouvée un air de neuf ... et c'était pas du luxe.
Anil est devenu "patron" de sa boutique. Plus tard j'irais revoir
mon ami Vijay qui tient toujours sa boutique de lassis (yaourts liquides
typiquement indiens) et de jus de fruits. Ces retrouvailles sont toujours
un moment de joie, leur amitié n'a pas bougée de mois en
mois. Anil qui s'était fait agressé dans le village (voir
l'histoire dans mon récit du mois de septembre 05 "Otage dans
le Bihar") va beaucoup mieux (il le dit, mais ça se voit)
et il a retrouvé sa bonne humeur de jeune de 22 ans qu'on lui connaissait.
Vijay est sur le départ pour une 20e de jours dans sa famille dans
le Bihar qu'il n'a pas revue depuis plusieurs mois.
Quelques heures de sommeil à rattraper de l'avion et la journée
passe. La pluie fréquente de la journée a bouché
les évacuations d'eau ... et le niveau s'est mis à monter
dans Sudder Street et devant le Paragon. Ce que je n'avais pas eu cet
été, je l'ai en fait en cet automne. Ce n'est pas la mousson,
mais je dirais que ce sont les dernières pluies de mousson. Les
indiens ne se troublent pas pour si peu et c'est même un jeu que
de patauger dans l'eau, de regarder les autres être éclaboussés
par une voiture qui roule un peu plus vite ou celui qui est accroupit
par terre en train de chercher de ses mains le trou du caniveau et le
déboucher à tâtons. Sur le "boulevard des pompiers"
que j'appelle, les étudiants et les écoles rentrent. Leur
costume impeccable n'a pas résisté à l'envie - et
la nécessité - de traverser la rue inondée. Trempes
jusqu'aux genoux,ils ont pris l'occasion de jouer,
se poursuivre et se pousser dans l'eau. Plus loin, un attroupement et
des cris me poussent à aller voir. Un de ces espèces de
camionnettes à trois roues à mis celle de devants dans une
bouche d'égout ouverte au milieu de la chaussée. Tout le
monde s'y met pour pousser, tirer et dégager le véhicule.
Victoire, acclamations. La foule se disperse. On met un panier d'osier
dans le trou pour signaler le danger. Mais qu'est ce qu'un détritus
de plus dans une rue inondée où nagent tous les restes des
caniveaux ? Quelques minutes plus tard, c'est un taxi jaune qui à
mis sa roue avant droite. Le problème est plus complexe, un taxi
pèse plus. Mais avec un gros bambou d'échaffaudage, en faisant
levier, ils arrivent à sortir la voiture. Le bambou est planté
debout dans le trou, des dalles en pierre sont mises aussi dedans. Le
lendemain, il y aura enfin une barrière autour, mais qu'une voiture
accrochera en partie. N'importe qui aurait pu tomber à pieds dedants,
mais je vous disais que parfois il ne faut pas chercher à comprendre
le "pourquoi" !
Premier jour à Calcutta et déjà des milliers de choses
à dire. Ici, il est difficile de ne rien voir ou vivre. Cela a
un côté passionnant, épuisant aussi, culturel et formateur.
WELCOME TO KOLKATA. Bienvenue à Calcutta et en Inde.
Patrick
- le 22 octobre 2005 du bureau de la réception du Paragon (il n'y
a que là que je puisse avoir une prise électrique et j'ai
vidé déjà la batterie)- 19h20 (19h20 ? non ça
c'est l'heure de l'ordinateur, il est déjà 22h40 ici et
il faut aller au lit, demain faut se lever à ... 6h, c'est dimanche,
chouette grasse matinée !
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