Voyage à BENARES (VARANASI)
12 jours de repos à l'ouest à Varanasi en compagnie de Laeticia et de Fabrice.
Les ghats de Bénarès

Description : Après 2 mois à Calcutta, petit temps de pause pour voyager un peu. Départ pour Bodhgaya, puis Bénarès, la ville sainte de l'Inde Hindou, petit passage à Sarnath.

texte en gris déjà cité dans le journal commun, si vous l'avez lu, passez directement au texte en noir.

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BENARES

Après un mois et demi à Calcutta, la fatigue réclame une pause. Avec deux volontaires nous décidons de partir une dizaine de jours à Varanasi (Bénarès).

Départ de Calcutta le 09 Décembre 2005 en train de la gare d'Howrah. 8h30 de train vers l'Ouest, les nuits se rallongent et le froid se fait davantage sentir, Bénarès est à 600 km environ et un peu plus haut que le tropique. On s'arrête à Gaya à 5h30 du matin, il fait nuit noire, très froid. On déjeune avec un chaï bien chaud et on pars à pied à travers la ville à la recherche d'un bus ou d'un rickshaw qui pourra nous amener jusqu'à Bodhgaya à une 15ène de km. On s'aperçoit que rien n'est prévu pour la liaison, pourtant très fréquentée puisque Bodhgaya est le plus grand centre spirituel du Bouddhisme. (voir article sur Bodhgaya) Après quelques jours de "bain bouddhiste" nous poursuivons sur Bénarès.
Arrivée à 18h, le soir du 12 Décembre, dans la gare de la banlieue. Il nous faut prendre un bus pour traverser le Gange et contourner la ville. De là nous devons prendre un rickshaw jusqu'au ghats. C'est quoi un "ghat" ? C'est le nom des escaliers qui descendent dans les rivières pour les rituels, les prières, les bains. Bénarès est connue pour ses ghats qui longent le Gange sacré et sa facade de palais de Maharajas qui font tout le charme. Nous nous posons le premier soir dans un petit hôtel que je connais (le Yogi lodge) parce que le rickshaw nous fait un tarif préférentiel s'il nous amène là.
Avec Fabrice nous marchons vers les ghats pour jeter un coup d'oeil. Un gars nous conduit jusqu'au ghat principal des crémations. Je ésirais depuis longtemps voir comment ça se passait. Il nous fait la visite et nous explique un peu les différentes étapes. Plus tard, à force de passer devant un autre ghat de crémation je verrais les moments de préparation au bûcher. Bien que ce soit une étape de la vie, les familles sont rassemblées pour regarder la crémation, les femmes et les enfants sont à l'écart. Les corps sont amenés sur un brancard décoré de fleurs, accompagné de chants. Les femmes se rassemblent dans un coin et pleurent, les hommes sont ensembles et discutent du cérémonial, parfois en haussant le ton pour une histoire d'organisation. Il faut attendre son tour, en général, 4 ou 5 bûchers brûlent en même temps. Le mort est rasé, le fils aîné semble-t-il, se rase aussi et va prendre un bain rituel dans le Gange revêtu du pagne blanc. Puis tout un cérémonial se met en route sur le mort. On lui fait boire un peu d'eau sacrée, des boulettes fabriquées à partir d'une pâte sont déposées sur le corps. Le corps est entouré d'un linceul blanc. Des tissus dorés ou multicolores brillant, sont déposés sur le corps par chaque membre de la famille. Le corps est ensuite attaché sur le brancard et amené dans l'eau du fleuve. Il est ensuite déposé sur le bûcher, en génral pas très grand ni trop long, les pieds dépassent. Des bûches sont posées sur le corps qui se trouve alors au milieu. Le fils allume une espèce de paille très longue et tourne plusieurs fois autour du bûcher. Puis il allume par dessous. Les hommes viennent s'asseoir à côté, visiblement affectés par la disparition de leur proche, et regardent le feu. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, il n'y a rien à voir, le corps se confond avec les bûches au milieu des flammes et aucune odeur particulière ne se fait sentir.La crémation va durer je pense une petite heure, des indiens d'une caste particulière s'occupent de faire brûler le corps correctement et entretiennent le feu. Des enfants d'une 12ène d'années sont déjà au travail pour ce métier qu'ils apprennent, rassembler les parties du corps qui se détachent et les mettre au centre, rajouter des bûches. Pas de lieu vraiment aménagé, juste de la terre battue qui descend vers le fleuve. De grands tas de bois tout autour, sur le ghat principal on voit aussi des barques attachées pleines de grosses bûches. En général, les crémations se font le soir et la nuit, mais la journée aussi un petit peu. Sur le ghat secondaire que je traversais plusieurs fois par jour en me baladant, les vaches, les chiens, les chèvres, les enfants traversent au milieu des bûchers sans trop de dérangements. Un petit coup de bâton sur la chèvre qui s'approche trop du bûcher, une remontrance aux enfants qui jouent au cerf-volant et qui viennent s'amuser au milieu des familles en deuil... Je n'ai en fait pas pu voir toutes les étapes des rituels car il faudrait y rester des heures. Beaucoup de temps d'attentes entre chaque étape. Sur le ghat principal, les bûchers sont installés sur des degrés différents selon la caste. Des indiens riches habitent dans les bâtiments proches pour attendre leur mort à Bénarès. Dans une sorte de balcon, le feu sacré est entretenu depuis des décennies, d'où est pris la flamme qui allume les bûchers.

Les ghats sont bordés de grandes murailles des différents palais de maharajas, dont certains appartiennent toujours aux princes de Jaïpur, Varanasi, etc... Beaucoup sont quasi à l'abandon, remplis de terre et habités par des familles. Tourelles et balcons sculptés ornent les facades impressionnantes. Devant les petites fenêtres décorées, parfois passe une femme indienne, le voile sur la tête, jetant un sari qu'elle vient de laver par la fenêtre et se dépliant le long de la muraille ocre pour sêcher. Sur un balcon rempli de plantes vertes, un gamin joue au cerf-volant, le faisant monter de plus en plus haut dans le ciel au dessus du fleuve, jusqu'à ce qu'il ne devienne qu'un petit point de couleur qui se confond avec les oiseaux. Sur les ghats, un sadou, ascète hindou, habillé de couleur orange, la barbe longue et les cheveux attachés en chignion, un grand trident doré dans la main, signe du dieu Shiva, est assis en tailleur et ne demande rien. Il regarde le Gange couler devant lui et semble laisser passer le temps. Avec son baluchon qui montre bien qu'il est un homme de la route, sans domicile, son air sortis du temps, on a l'impression que les siècles vont passer et qu'il sera toujours là, attendant on ne sait trop quoi. Les haut-parleurs crachent leurs musiques et leurs chants répétitifs de 3h du matin à tard dans la matinée, puis reprennent en fin d'après-midi quand les offrandes du soir débutent après le coucher du soleil.
Le Gange s'écoule paisiblement, venant des hauts sommets de l'Himalaya et allant vers le delta du Bengale, après Calcutta, pour former le plus grand delta du monde. Fleuve peut-être le plus pollué du monde, il reste le grand fleuve sacré, la Grande Mère qui est la source vitale des hindoux. Ils n'hésitent donc pas à s'y baigner, se laver et y boire. Si le taux de bactéries limite est de 500 au ml, ici il atteint les 1,5 millions. Fabrice a décidé de s'y baigner pour raconter aux copains qu'il l'a fait. Et il l'a fait ... 4 ou 5 mn, histoire de ne pas trop prendre conscience dans quoi il trempait ! Et puis des fois qu'un cadavre dériverait ou qu'un dauphin passe trop près de lui ... Mais je crois avoir fait mieux que lui, mais involontairement. En prenant un chaï sur un ghat, je vois une petite fille revenir du bord du fleuve avec les verres lavés. Lavés ? Mais où ? Ben, dans le Gange bien sûr ! Un petit coup d'eau dedans et c'est bon. Bien sûr pas de produit vaisselle ou de rinçage. Apparament j'ai rien attrapé.
Petit tour chez les soeurs Missionnaires de la Charité. Trés beau centre où il y a des hommes et des femmes. Rencontre aussi avec les Petites soeurs de Jésus, tout contre l'hôtel où nous étions (le Vishnu Rest House sur le Pandey Ghat). 3 soeurs dont deux au moins parlaient français. Elles m'ont fait un peu l'historique de Charles de Foucault (béatifié en octobre) et leur travail d'accueil à Bénarès. Petit Jésus de la crêche à repeindre ! Il fallait bien qu'on pense à moi ici aussi.

Donc, bonne pause comme si on était au bord de la mer, à regarder passer les bateaux, contempler le soleil qui se lève sur le Gange le matin, profiter du soleil la journée, petites visites de temples, d'une fabrique de soie, observer les gens. Si la journée il faisait 24°C environ, les nuits étaient particulièrement froides. Sur le journal ils disaient qu'un jour la température est descendue à 4°C dans la semaine. Donc, à partir de 16h, on s'équipait de chaussettes, du pull et de l'écharpe, d'un plaid sur les épaules et on ne traînait pas trop dehors. Le reste de la journée, à partir de 10h, chemise et sandales.


sadou en train de se marquer des insignes de son appartenance à Shiva.


soirée avec un ascète sur les ghats.


bains rituels


lessive au bord du fleuve


offrandes du soir par les brahmanes


lumières de Bénarès au coucher du soleil.


bûcher sur les bords du Gange


enseignement des brahmanes


prière au bord du Gange au lever du soleil.


ascète devant sa "case" sur un ghat


sadou llant chercher de l'eau sacré.