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Départ
de Calcutta le 09 Décembre 2005 en train de la gare d'Howrah.
8h30 de train vers l'Ouest, les nuits se rallongent et le froid
se fait davantage sentir, Bénarès est à 600
km environ et un peu plus haut que le tropique. On s'arrête
à Gaya à 5h30 du matin, il fait nuit noire, très
froid. On déjeune avec un chaï bien chaud et on pars
à pied à travers la ville à la recherche d'un
bus ou d'un rickshaw qui pourra nous amener jusqu'à Bodhgaya
à une 15ène de km. On s'aperçoit que rien n'est
prévu pour la liaison, pourtant très fréquentée
puisque Bodhgaya est le plus grand centre spirituel du Bouddhisme.
(voir article sur Bodhgaya) Après quelques jours de "bain
bouddhiste" nous poursuivons sur Bénarès.
Arrivée à 18h, le soir du 12 Décembre, dans
la gare de la banlieue. Il nous faut prendre un bus pour traverser
le Gange et contourner la ville. De là nous devons prendre
un rickshaw jusqu'au ghats. C'est quoi un "ghat" ? C'est
le nom des escaliers qui descendent dans les rivières pour
les rituels, les prières, les bains. Bénarès
est connue pour ses ghats qui longent le Gange sacré et sa
facade de palais de Maharajas qui font tout le charme. Nous nous
posons le premier soir dans un petit hôtel que je connais
(le Yogi lodge) parce que le rickshaw nous fait un tarif préférentiel
s'il nous amène là.
Avec Fabrice nous marchons vers les ghats pour jeter un coup d'oeil.
Un gars nous conduit jusqu'au ghat principal des crémations.
Je ésirais depuis longtemps voir comment ça se passait.
Il nous fait la visite et nous explique un peu les différentes
étapes. Plus tard, à force de passer devant un autre
ghat de crémation je verrais les moments de préparation
au bûcher. Bien que ce soit une étape de la vie, les
familles sont rassemblées pour regarder la crémation,
les femmes et les enfants sont à l'écart. Les corps
sont amenés sur un brancard décoré de fleurs,
accompagné de chants. Les femmes se rassemblent dans un coin
et pleurent, les hommes sont ensembles et discutent du cérémonial,
parfois en haussant le ton pour une histoire d'organisation. Il
faut attendre son tour, en général, 4 ou 5 bûchers
brûlent en même temps. Le mort est rasé, le fils
aîné semble-t-il, se rase aussi et va prendre un bain
rituel dans le Gange revêtu du pagne blanc. Puis tout un cérémonial
se met en route sur le mort. On lui fait boire un peu d'eau sacrée,
des boulettes fabriquées à partir d'une pâte
sont déposées sur le corps. Le corps est entouré
d'un linceul blanc. Des tissus dorés ou multicolores brillant,
sont déposés sur le corps par chaque membre de la
famille. Le corps est ensuite attaché sur le brancard et
amené dans l'eau du fleuve. Il est ensuite déposé
sur le bûcher, en génral pas très grand ni trop
long, les pieds dépassent. Des bûches sont posées
sur le corps qui se trouve alors au milieu. Le fils allume une espèce
de paille très longue et tourne plusieurs fois autour du
bûcher. Puis il allume par dessous. Les hommes viennent s'asseoir
à côté, visiblement affectés par la disparition
de leur proche, et regardent le feu. Contrairement à ce qu'on
pourrait croire, il n'y a rien à voir, le corps se confond
avec les bûches au milieu des flammes et aucune odeur particulière
ne se fait sentir.La crémation va durer je pense une petite
heure, des indiens d'une caste particulière s'occupent de
faire brûler le corps correctement et entretiennent le feu.
Des enfants d'une 12ène d'années sont déjà
au travail pour ce métier qu'ils apprennent, rassembler les
parties du corps qui se détachent et les mettre au centre,
rajouter des bûches. Pas de lieu vraiment aménagé,
juste de la terre battue qui descend vers le fleuve. De grands tas
de bois tout autour, sur le ghat principal on voit aussi des barques
attachées pleines de grosses bûches. En général,
les crémations se font le soir et la nuit, mais la journée
aussi un petit peu. Sur le ghat secondaire que je traversais plusieurs
fois par jour en me baladant, les vaches, les chiens, les chèvres,
les enfants traversent au milieu des bûchers sans trop de
dérangements. Un petit coup de bâton sur la chèvre
qui s'approche trop du bûcher, une remontrance aux enfants
qui jouent au cerf-volant et qui viennent s'amuser au milieu des
familles en deuil... Je n'ai en fait pas pu voir toutes les étapes
des rituels car il faudrait y rester des heures. Beaucoup de temps
d'attentes entre chaque étape. Sur le ghat principal, les
bûchers sont installés sur des degrés différents
selon la caste. Des indiens riches habitent dans les bâtiments
proches pour attendre leur mort à Bénarès.
Dans une sorte de balcon, le feu sacré est entretenu depuis
des décennies, d'où est pris la flamme qui allume
les bûchers.
Les
ghats sont bordés de grandes murailles des différents
palais de maharajas, dont certains appartiennent toujours aux princes
de Jaïpur, Varanasi, etc... Beaucoup sont quasi à l'abandon,
remplis de terre et habités par des familles. Tourelles et
balcons sculptés ornent les facades impressionnantes. Devant
les petites fenêtres décorées, parfois passe
une femme indienne, le voile sur la tête, jetant un sari qu'elle
vient de laver par la fenêtre et se dépliant le long
de la muraille ocre pour sêcher. Sur un balcon rempli de plantes
vertes, un gamin joue au cerf-volant, le faisant monter de plus
en plus haut dans le ciel au dessus du fleuve, jusqu'à ce
qu'il ne devienne qu'un petit point de couleur qui se confond avec
les oiseaux. Sur les ghats, un sadou, ascète hindou, habillé
de couleur orange, la barbe longue et les cheveux attachés
en chignion, un grand trident doré dans la main, signe du
dieu Shiva, est assis en tailleur et ne demande rien. Il regarde
le Gange couler devant lui et semble laisser passer le temps. Avec
son baluchon qui montre bien qu'il est un homme de la route, sans
domicile, son air sortis du temps, on a l'impression que les siècles
vont passer et qu'il sera toujours là, attendant on ne sait
trop quoi. Les haut-parleurs crachent leurs musiques et leurs chants
répétitifs de 3h du matin à tard dans la matinée,
puis reprennent en fin d'après-midi quand les offrandes du
soir débutent après le coucher du soleil.
Le Gange s'écoule paisiblement, venant des hauts sommets
de l'Himalaya et allant vers le delta du Bengale, après Calcutta,
pour former le plus grand delta du monde. Fleuve peut-être
le plus pollué du monde, il reste le grand fleuve sacré,
la Grande Mère qui est la source vitale des hindoux. Ils
n'hésitent donc pas à s'y baigner, se laver et y boire.
Si le taux de bactéries limite est de 500 au ml, ici il atteint
les 1,5 millions. Fabrice a décidé de s'y baigner
pour raconter aux copains qu'il l'a fait. Et il l'a fait ... 4 ou
5 mn, histoire de ne pas trop prendre conscience dans quoi il trempait
! Et puis des fois qu'un cadavre dériverait ou qu'un dauphin
passe trop près de lui ... Mais je crois avoir fait mieux
que lui, mais involontairement. En prenant un chaï sur un ghat,
je vois une petite fille revenir du bord du fleuve avec les verres
lavés. Lavés ? Mais où ? Ben, dans le Gange
bien sûr ! Un petit coup d'eau dedans et c'est bon. Bien sûr
pas de produit vaisselle ou de rinçage. Apparament j'ai rien
attrapé.
Petit tour chez les soeurs Missionnaires de la Charité. Trés
beau centre où il y a des hommes et des femmes. Rencontre
aussi avec les Petites soeurs de Jésus, tout contre l'hôtel
où nous étions (le Vishnu Rest House sur le Pandey
Ghat). 3 soeurs dont deux au moins parlaient français. Elles
m'ont fait un peu l'historique de Charles de Foucault (béatifié
en octobre) et leur travail d'accueil à Bénarès.
Petit Jésus de la crêche à repeindre ! Il fallait
bien qu'on pense à moi ici aussi.
Donc,
bonne pause comme si on était au bord de la mer, à
regarder passer les bateaux, contempler le soleil qui se lève
sur le Gange le matin, profiter du soleil la journée, petites
visites de temples, d'une fabrique de soie, observer les gens. Si
la journée il faisait 24°C environ, les nuits étaient
particulièrement froides. Sur le journal ils disaient qu'un
jour la température est descendue à 4°C dans la
semaine. Donc, à partir de 16h, on s'équipait de chaussettes,
du pull et de l'écharpe, d'un plaid sur les épaules
et on ne traînait pas trop dehors. Le reste de la journée,
à partir de 10h, chemise et sandales.
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sadou en train de se marquer des insignes de son appartenance à
Shiva.

soirée avec un ascète sur les ghats.

bains rituels

lessive au bord du fleuve

offrandes du soir par les brahmanes

lumières de Bénarès au coucher du soleil.

bûcher sur les bords du Gange

enseignement des brahmanes

prière au bord du Gange au lever du soleil.

ascète devant sa "case" sur un ghat

sadou llant chercher de l'eau sacré.
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