CULTURE, MAIS QUELLE CULTURE AVONS-NOUS ?

Article pour le journal québecquois "Le Démocrate" pour la rubrique art et culture du mois d'octobre 2005.

Description : Quelle culture avons-nous. Sommes-nous des experts dans les domaines que nous connaissons bien ou finalement nous interressons-nous qu'à ce qui nous plaît ? Faut-il avoir de la culture, est-ce bien nécessaire ? Et puis, laquelle ?

texte en gris déjà cité dans le journal commun, si vous l'avez lu, passez directement au texte en noir.

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CULTURE, MAIS QUELLE CULTURE AVONS-NOUS ?

     Vas à l’école, ne serais-ce que pour ta culture générale ! L’histoire t’ennuie ? Apprends quand même, ça développera ton sens critique, tu auras un peu de culture.
Qui n’a pas parlé ainsi à ses enfants un peu en révolte contre des matières qui ne les intéressent pas, qui n’a pas entendu aussi des gens dire : si j’avais su, je serais allé à l’école plus longtemps. Ou bien : celui-là manque de culture !

Quelle culture avons-nous finalement ? S’intéresser aux équations alors qu’on est balayeur est-il bien nécessaire ? Je crois que s’intéresser à tout n’est pas possible, il y a forcément des sujets qui nous ennuient, cela n’empêche pas de regarder de temps en temps de quoi ça parle. C’est cela la culture. Passer un regard plus ou moins affiné sur l’ensemble des connaissances qui défilent devant nos yeux. Mais savons-nous grand chose des matières qui nous semblent « connues » ? Par exemple en art, je m’intéresse un peu à tout, mais j’ai mes périodes préférées. Je n’approfondis pas assez sûrement le contexte historique, la comparaison des styles, les techniques, etc … qui font la caractéristique de cet art-là. Nous avons toujours des lacunes, même si selon notre passion, nous « savons » plus ou moins de choses, nous sommes devenus plus ou moins « experts » dans ce domaine. CULTURE ! Véritable culte de notre temps ? C’est vrai qu’au moyen-âge, la notion de culture n’était pas la même. Et pourtant, même l’humble paysan savait reconnaître le beau temps de l’orage à venir, savait quand planter et récolter, savait soigner ce qu’il connaissait, avait appris les grandes figures des saints et des prophètes qu’il voyait sculpté ou peint dans les églises. Il savait, selon son milieu, son métier, son environnement, il comprenait des choses, même simples. Et nous serions bien pauvres confrontés à leur « culture primitive ».
     Puisque nous sommes dans une rubrique « art et culture », parlons art. Que connaissons-nous des peintres en général ? Nous sommes familiers de Léonard de Vinci, de Picasso, de Michel-Ange ou de Van Gogh. Familiers ! Je vais encore vous embêter avec mes évidences. Finalement nous ne connaissons que ce qu’on nous a appris. Sur les livres, à l’école, dans les magazines, dans l’actualité ou à la télévision. En avons-nous vu un au moins, en vrai ? Pas toujours facile d’aller au musée, encore moins celui où se trouve un grand peintre. Il y a tant et tant d’espace entre la belle image de notre bouquin et le vrai tableau, il y a autant de distance entre un bon plat de pâtes à la carbonara pris en photo et un mendiant dans la rue qui réclame une pièce pour acheter un bout de pain sec. Pauvre peintre, s’il savait comment on regarde son œuvre, ce qu’on en dit, comment il la fait, la douceur de ses couleurs, et puis surtout la légende sous la photo qui nous dit l’année et l’auteur et bien sûr la dimension. Comment saurions-nous que ce monumental tableau sur cette page de revue ne mesure en fait que 20x30 cm, avec un superbe cadre doré de 5 cm de largeur. Nous adorons cette huile du XVe siècle, mais nous détestons le tableau vu hier au musée, mauvais goût dans les couleurs, insignifiant au milieu de grandes toiles gigantesques autour, sombre et peint un peu à la vas-vite. Et pourtant il s’agissait du même tableau. Combien je fus surpris de voir au Louvre des tableaux mondialement connus, dans tous les livres scolaires d’histoire, perdus dans une galerie. Si je ne l’avais pas connu, je serais passé devant sans prêter même attention. L’imprimerie trompe parfois les couleurs, les embellissent, contraste les ombres et les lumières. Et nous sommes déçus du vrai qui nous semble fade. Heureusement, le contraire existe aussi. Ce que nous aimions par support papier, deviens une révélation devant l’original. Nous nous mettrions à genoux devant une telle beauté, que nulle impression photographique ne pourra rendre. L’honneur du peintre est sauf !
« Culturons-nous » alors, comme on dit. Cultivons ce jardin des connaissances, non pour rentabiliser, amasser, détenir un savoir que n’auront pas la plus part des autres. Apprenons pour nous-même car le monde s’étend bien au-delà de notre vision limitée, de notre horizon proche. Découvrir que la beauté a d’autres langages que ceux que nous pensions connaître, que ce qui nous semblait évident, commun à tous, à d’autres visages, d’autres facettes, d’autres réalités. Et cette connaissance rejoint celle des « initiés », les vrais, ceux qui savent pour pouvoir communiquer avec les autres qui en savent davantage que nous, pour distribuer, semer une semence pour les hommes qui viendront derrière nous, pour partager une richesse qui, pour une fois, n’a ni pouvoir, ni supériorité, ni inutile possession, juste un champ que l’on veut voir verdir sur de grandes étendues, juste pour que ce soit beau et que l’on puisse dire : cela m’aide à voir plus loin, mon regard s’étale en douceur sur cette verdure et lui donne envie de voir encore plus loin, au-delà du champ, là-bas où je distingue des arbres, des collines, des espaces inconnus. Ouf ! je peux sortir un peu de ma maison, il y a tant à voir et à connaître, je veux voir plus loin, simplement pour embrasser le monde et l’aimer dans sa totalité, au mieux de ce que je suis, au mieux de ce que je peux.

Mais n'oublions pas la réalité de ce monde, que ces gens là qui cherchent un peu de culture "... avaient tant à donner, et le monde exigeait si peu ...*",ne nous étonnons pas qu'ils se sentent seul parfois face à la pauvreté culturelle de ceux qui les entourent.

* tiré du "Pelerin de Compostelle" de Paulo Cehlo, dans le contexte de ceux qui vivent de l'Agapé, l'amour divin. Désolé d'avoir sortis un peu la phrase de son contexte, mais elle peut s'adapter à tant de situations de notre temps !

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