TREK JUILLET/AOÛT 2009
NEPAL - Lac de Gosainkunda

Lac sacré de Gosainkund - 4180m

Description : Une semaine de trek pendant la mousson au lac sacré de Gosainkund à 4180m, au nord de Kathmandu.

Route emportée par l'orage, pluie et brouillard, festival de Shiva au lac sacré, passe de Lauribanayak à 4630m.

Vue sur les montagnes du Lantang, sur le Ganesh Himal malgré tout !

Flore, faune : yaks, souris géantes, sangsues, serpent ...
Pas la meilleure saison pour un trek ...!!!! mais fallait bien s'occuper 3 semaines au Népal pour attendre le visa ...

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GOSAINKUND TREK

Il n'était pas prévu de faire un trek en pleine mousson, d'autant que j'avais déjà testé dans le Sikkim : surtout le souvenir de la pluie et de la vue bouchée sur l'Himalaya (très frustrant !)... et des sangsues !
Mais il me fallait attendre peut-être 3 semaines ou plus au Népal que mon visa longue durée soit fait. Donc, après une semaine à traîner dans les rues de Kathmandu et de Thamel (le quartier touristique) et de la Guest House du Yellow House à Packnajhol, je me décidais à faire un petit trek himalayen. Villages, glaciers des montagnes du Langtang ? Ce sera le lac sacré de Gosainkunda ... pas vraiment choisit à l'avance.

27 juillet 2009
Bus local au départ de Kathmandu pour un village au nord à 140 km env. du nom de Shiabrou.
Place assise réservée. Ce n'est pas le cas de tout le monde. Certains sont assis sur le toit (il pleut et ils sont sous la bâche qui couvre les bagages), d'autres dans l'allée centrale. S'il n'y avait que les gens ! Non, il n'y pas les chèvres et les poulets (mais ça pourrais arriver !), mais des bagages volumineux. Les gens rentrent chez eux, dans les montagnes. Ils ramènent des affaires, des achats à la capitale, un peu de leur maison (faut dire que la maison locale est contenue dans un gros sac). Les sièges sont occupés parfois par 2 ou 3 personnes, le mien est ...le mien pour moi tout seul ! Mon sac à dos est sur le toit, un petit sac avec l'argent et l'appareil photo avec moi.
La route n'est pas droite, loin s'en faut ! Ca tourne tout le temps et on grimpe. Que déjà Kathmandu est à 1000 et quelques mètres, on doit aller à plus de 2000m. C'est prévu pour dans 9 heures !
Une vielle femme est accroupie par terre (position normale, surtout pour les personnes âgées.). Elle arrête pas de cracher par terre, à la limite de vomir. Je suis pas loin, mais une petite fille (sa petite-fille d'ailleurs) est debout devant elle. Elle ne semble pas apprécier les problèmes de la grand-mère et elle regarde à ses pieds avec dégoût ! Mais qu'y faire ! En France elle aurait crié, elle aurait demandé à aller ailleurs ... mais ce n'est pas la France ici et de toute façon on est tous coincés dans la même boîte à sardine !

A une 15e de kilomètres du village de Dunshe (l'avant dernier), on s'arrête. Il pleut depuis le matin et la route est comparable à un chemin forestier depuis des heures ! Arrêt forcé, puisque on doit traverser un torrent, légèrement en crue ! La pluie est intermittente mais le brouillard persistant. On commence à traverser à pied comme on peut, sautant de pierre en pierre, sans trop se mouiller les pieds. Le bus démarre et prend son élan. Il claxonne pour qu'on se pousse, il n'a pas l'intention de faire de la politesse. Il monte la petite côte et passe doucement le torrent. Il s'arrête dessus ... une roue arrière passe mal et risque de glisser dans l'éboulis. Les népalais du bus mettent des pierres sous la roue. Et ça passe. On remonte et on fait quelques kilomètres. Nouvel arrêt. Cette fois-ci c'est une côté raide boueuse que le bus plein ne pourra pas monter. On descend de nouveau et on s'avance sur la route. Un bon moment après, il s'élance et monte puis s'arrête. D'autres bus le suivent, ils claxonnent. Il remet le moteur et avance plus loin, nous dépassant.
Nous sommes nombreux maintenant à attendre sur le bas côté de la route (chemin serait plus juste !). 3 ou 4 bus se suivent. Les gens montent dans les uns, les autres. Je marche plus loin, pensant que le mien attend plus loin. A ma grande surprise, le bus poussé par les autres à récupéré ses clients au passage (entre népalais ils se sont compris !), et il est partis ! Sans moi ! Les autres bus passent et je me retrouve seul sur cette route. Je marche un peu et trouve une borne. Dunshe : 7 km. Heureusement j'ai pris mon parapluie, mais il ne pleut presque plus. Balade agréable le soir, mais je m'en serai passé ! Arrivée au poste de contrôle de police vers 17h30, il fait presque nuit. Contrôle du permis (au Népal tout est payant ou presque, même l'accés aux places de la ville. Ici c'est le permis pour entrer dans la réserve naturelle.) Pas de friends (amis), de girl-friend (petite amie), de guide ? Et non ! Pas même de bus ! On me désigne un sac : c'est le vôtre ? Voilà une bonne chose, j'ai au moins retrouvé mon sac. Il est entièrement mouillé ! Pourquoi ? Soit leur bâche est étanche comme du papier de riz népalais (c'est la spécialité du népal !) soit ils l'ont laissé sur le toit sans couverture pendant qu'ils déchargeaient. Bref, que ce soit la housse (sois disant étanche aussi), le sac et tout son contenu, tout est mouillé ! Je marche encore 1km jusqu'au village. Je prend la première guest house que je trouve. Mon voyage prévu jusqu'à Shiabrou s'arrête à Dounshe : 2030m ! Je décide de rester un jour entier ici pour faire sécher mes affaires, pas question de partir en trek avec l'anorak mouillé, le pull, le duvet et tout le reste dans le même état.
Je me lave avec ma première douche glacée du séjour. Les sangsues m'ont attaqué lorsqu'on était en train d'attendre que le bus passe sa côte. Je demande un paquet de sel au cuistaud, il paraît que ça protège des sangsues !
Le lendemain je fais sécher mes affaires sur la terrasse. Temps mitigé. Le temps de tout installer, des gouttes tombent. Je remballe tout. Mais ça s'arrête. La dame de l'hôtel n'a d'ailleurs pas cru nécessaire de retirer son propre linge. Fions-nous aux locaux ! Je réinstalle tout et une petite brise fait lentement sécher les affaires. Vers 16h, le brouillard remonte et la pluie recommence. C'est terminé pour la journée ! Pull, chemise et gants sont encore mouillés, espoir pour la nuit ...
Le patron discute un peu avec moi. Mon trek devait aller vers les glaciers du Langtang, à partir de Shiabrou. Reprendre un bus pour y aller ne m'enchante pas, je perd des jours. Il me dit que d'ici on peut aller à un lac sacré hindou dédié à Shiva, à 4100m. Lui, il l'a fait dans une journée, 12h de marche aller-retour. Moi, je peux en 2 ou 3 jours aller et 2 de retour. Sur la carte, le trek est très court en kilomètres, mais le dénivelé est terrible par endroit.

Mercredi 29.
Levé à 6h, je passe du sel sur mes chaussures de marche, sur les chaussettes et sur les guêtres et le pantalon. On n'est jamais trop prudent avec ces bestioles !
Petit-déjeuner, sac, paiement, je pars vers 9h tranquillement, la marche d'aujourd'hui doit durer 4 ou 5 heures. J'en mettrai 6 et 1300m de dénivelé ! Temps gris, montée d'une vallée étroite puis sur les crêtes. Passage au fond du torrent par un pont suspendu en câbles. Brouillard, pluie fine par moment. Arrêts réguliers à des "tea shop" pour se poser ou pour prendre un thé. Contrôle de police pour savoir si j'ai mon permis. Je crois être arrivé, mais en fait c'est encore plus loin. Et on repars. Arrivée à Chandanbari vers 16h30.
Chambre à 50 roupies (soit 50 ct d'euros). Petite chambre sympa en planches. Bien sur ici, il n'y a plus d'électricité. Juste une ampoule économique (ici aussi ça existe ! Eclairage froid et difficile à supporter) dans la salle de restaurant. Le poêle est allumé, je mange une soupe népalaise (thukpa). Fais pas chaud ! Je tire les couvertures sur moi pour dormir. Dans la nuit, une souris passe et repasse, grimpe sur le bois et même me passe dessus (aux petites pattes sur le drap sur ma figure j'en déduit que ce n'est pas un rat. Soulagement !).

Jeudi 30.
Départ à 6h30. A la sortie du petit village d'altitude, un temple bouddhiste ancien. Ce n'est pas les temples qu'on voit d'habitude, très décorés, bouddhas dorés, tentures multicolores, tapis, vitrines avec des lamas ou des figures de bouddhas, livres. La pièce est sombre, juste éclairée par la porte ouverte. Deux bancs qui se font face au centre, un vieux tambour accroché à un pilier. La divinité centrale ne semble pas être un bouddha mais un dieu local à plusieurs bras. Le bouddhisme tantrique mélange bouddhisme traditionnel et croyances davantage proches de l'hindouisme. Les représentations sont très différentes aussi, démons, bien et mal s'opposant, bouddha assis en train de faire l'amour avec une femme en blanc nue devant lui, .... pas très orthodoxe tout ça ! La marche reprend et on continue de grimper. Nous étions à 3250m, on doit aller à 3900m.
Fatigue, altitude, dénivelé raide, et surtout sac à dos trop lourd. Je sais pas comment je me débrouille mais je prend toujours un poids énorme. J'ai 15 kg ! Comme pour mon trek dans l'Annapurna l'an dernier en octobre, j'ai du mal à concevoir un trek en me mettant les mains dans les poches comme la plus part des trekkers que je croise. Avec guide et porteurs, c'est forçément plus facile ! Moi je porte mon nécessaire, c'est un trek gagné et non une balade de touriste. Néanmoins, mon sac est un peu trop lourd ! Je ne rêve, tout au long de la montée, que de me décharger ! Je traverse une très grand forêt avec des grands arbres. Pas de bruit, ça résonne dés qu'il y a un petit bruit. Je croise une sorte de souris géante, toute en boule, grosse comme une balle de tennis. Elle ne m'a pas vu et ne semble pas s'en soucier. j'en verrai une de plus près plus haut et la pendrai en photo. Grosse comme un cochon d'inde !
A la sortie de la forêt, une espèce de grande zone d'arbres morts. Feu, maladie ? Le paysage à moitié dans la brume est lugubre.
Arrivée à un campement destiné au ravitaillement et au repos des pélerins. Je m'arrête et prend un chay. La femme prépare à manger avec une autre, sa fille n'arrête pas d'essayer de me parler anglais, c'est très désagréable. Pas vraiment de touristes ici, à part des pélerins qui grimpent pour le festival (pélerinage). Ils disent qu'il me faut rester ici un peu, parce que là haut se sera la cohut avec le monde qui monte. Le père confectionne en quelques minutes une cuillère en bois avec un piquet, à l'aide de son kukhuri, le grand couteau traditionnel népalais, légèrement courbe.
Je repars et croise des yaks. J'en révais. Mais ils n'ont pas de poils longs comme je voudrais en voir ! Peut-être perdent-ils les poils en été ou on les tonds pour faire de la laine ? En tout cas ce ne sont pas tout à fait des vaches ou des taureaux dans la musculature mais un mélange des deux. Assez petits, de grandes cornes. Il paraît qu'il y a très peu de yaks en liberté et plutôt dans les montagnes. Il existe des mélanges entre vaches et yaks pour la domestication.
La montée est rude, rhododendrons. Arrivée à Laurebina à 15h. Plusieurs guest house. Nous sommes en pleines prairies d'altitude, dominant les vallées ... dans les nuages ! Première guest house complète. Ca commence ! Seconde, chambre à 200 roupies népalaises, cloison en contre plaqué troué. Je vais voir la suivante. Même genre à 300 roupies mais pas de trous ! Désabusé, je dis que non et je repars voir la première. La propriétaire me rappelle en me disant qu'il y en a une petite avec un seul lit (je suis seul !!!!) et gratuite ! Allez comprendre ces gens ... Elle compte, je pense, sur les repas que je prendrai chez elle. En fin d'après-midi, le soleil pointe enfin et je fais sécher des affaires derrière la vitre. Puis les nuages descendant petit à petit (on est au-dessus) et les montagnes du Langtang (7000m env.) apparaissent. Au loin, des pics émergent des brumes, sûrement les sommets du Ghanesh Himal et du Manaslu, grands sommets himalayens de 7 à 8000 m. Mais très vite le brouillard revient et le froid s'installe pour la nuit. Anorak, bonnet, éviter de se refroidir.... vont-ils allumer le poêle ??? Néon blafard très faible dans la salle commune. Un homme de la maison passe avec une vieille casserole remplie de braises où brûle de l'encens en poudre. Il passe un peu partout : puja (prière) du soir. Au bout d'un moment ils allument le poêle. Je fais sécher mes dernière affaires au dessus du gros poële sur des cordes, au milieu des affaires des gens de la maison. Ces gens sont des "Tamangs", peuplade des montagnes. Bien que le Népal ne soit pas très grand, il comporte de nombreuses peuplades typiques et des religions primitives, surtout animistes. Comme le disait l'évèque de Kathmandu (le seul du Népal !), on croit toujours que le Népal est hindouiste, mais en fait les croyances sont animistes. Le bouddhisme y est présent mais en tant que lieu de passage des tibétains vers les sanctuaires sacrés de l'Inde ou pour le commerce. Les chrétiens demeurent une infime minorité. Il faut savoir que jusque dans les années 50, le Népal était quasiment fermé au tourisme, totalement isolé du monde. Le roi du Népal s'était fait amener des voitures à Kathmandu (où il avait fait faire quelques routes dans la vallée) ...portées à dos d'hommes, vu qu'il n'y avait pas de voies praticables.

Vendredi 31.
La marche de ce jour s'avère très raide. Impossible à cette altitude de transporter des tonnes. Je décide de laisser des affaires ici, de toute façon je repasse par là. Ce matin, temps dégagé, les montagnes sont superbes. De la brume monte des vallées comme des centaines de feux de forêts qui laissent la fumée remonter les pentes. Petit à petit, la brume s'épaissit et recouvre les himalayas comme tous les jours. Grimpette très raide jusqu'à un sommet où un chorten (sorte de petite stupa). Je croise ma grosse souris et je fais des photos, elle n'est même pas effarouchée. Photos de fleurs (faute d'avoir du paysage !), c'est de la flore alpine essentiellement.
Arrivé à un col, petit sanctuaire hindou avec un Ganesh et un Shiva (le fils et le père). Les gens déposent des offrandes, une fille prie en silence assise en lotus. La marche s'effectue maintenant à flanc de montagne, longeant des précipices et de petits lacs de montagne. Le dernier sera le bon !
Arrivée à Gosainkund (4180m). Le lac est sacré parce que paraît-il il y a un très gros lingam de Shiva au milieu du lac et que le lac est en forme de yoni. (Pour les non-initiés, le dieu Shiva est représenté avec un gros bloc de pierre noire comme un oeuf allongé (appelé "lingam", sexe en hindi), posé au centre d'un bloc en forme de goutte sensé représenter le sexe féminin ("yoni"). Cette représentation très ancienne, quasi préhistorique, est un des symboles les plus courant en Inde et n'a pas changé depuis des millénaires.) Quelques ghest-house et beaucoup de tentes dortoir pour une 50e de personnes. Le temps est clair, je pose mes affaires dans la première guest-house de libre (je partage la chambre avec des népalais, un matelas pour tout le monde, voisins bruyants à côté, dessus,... Comme le temps est agréable, je décide d'aller à la "pass", le col à 4630m. Je pars sans rien (pour une fois !). Pas mal de népalais se baladent au bord du lac ou font la promenade comme moi. Un torrent est aménagé avec des statuettes de shiva, mélangé à des drapeaux bouddhistes. Au bout d'un moment, la pluie commence à tomber ! Zut, j'ai rien pris, j'avais oublié que la mousson est imprévisible, les nuages arrivent très vite. J'espère à chaque minute arriver au col pour me mettre à l'abri, mais c'est plus loin que prévu. appareil photo devant moi dans le petit sac pour le protéger de la pluie. 1h30 plus tard, sous une pluie battante, j'arrive au col dans la brouillard et me réfugie dans une tente prendre un thé chaud. Mon pantalon dégouline et je reste là une heure. Devant la tente, des gens arrivent et laissent leur bâton de marche dans un creux de rocher, prient, mettent de la peinture rouge sur les bâtons en tas et laissent une pièce. Un népalais s'empresse de récupérer l'argent au fur et à mesure et le mettre dans sa poche, presque sous le regard des donateurs ! La pluie s'arrête enfin. Je repars, contrarié de ne pas avoir vu le paysage à cette altitude là. En partant je vois que des gens ont laissé des pièces en offrande sur une pierre. Je cache les pièces sous le cailloux, ça sera ça de moins dans la poche du petit voleur d'aumones. Je dispose ma petite offrande spirituelle (petits drapeaux tibétains récupérés) en installant ma guirlande colorée de drapeaux entre deux rochers. Prière particulière pour la famille et pour plusieurs personnes que je connais qui ont un cancer. L'altitude porte aux voeux ! Pas très catholique, mais ici on fait avec ce qu'il y a. Sur le retour, la pluie recommence, mais j'arrive au lac.
Très mal à la tête, mais je ne suis pas seul. Certains prennent de l'aspirine, une femme se plaint, allongée. L'altitude doit y être pour quelque chose, dans l'Annapurna ça faisait pareil. Rien n'y fait, sinon de dormir, mais ça revient dés qu'on s'éveille.
La soirée est longue, la nuit tombe vite et il n'y a qu'une faible lumière, on se réchauffe tant bien que mal autour du poêle, guettant si quelqu'un s'en va pour prendre une meilleure place au chaud. Mon pantalon essaie de sécher comme il peut devant moi, pas de rechange, le reste est à Laurebina. Une femme arrive avec un bébé sur le dos. La mère ou la grand-mère ? Toujours difficile, les deux sont possibles, la vie rude burine les corps et fait vieillir plus vite que chez nous ...
A 20h30, on sort l'alcool local. Tradition népalaise, pas étonnant qu'il y ai autant d'alcoliques dans ce pays ! Plusieurs fois on refait une tournée. Couché à 10h, un peu mouvementé mais la nuit est calme, la grimpette à réduit les envies des fêtards.

Samedi 1er Août 2009.
Levé avec mal à la tête toujours. Tout le monde ou presque est partit très tôt de nuit. A 7h je prends mon petit déjeuner avec les derniers, ma veste n'est pas encore très sèche de la veille. D'autres pèlerins arrivent (à quelle sont-ils partis ?). Des gens se baignent rituellement dans le lac.
Ce qui est marquant, c'est la physionomie Tamang : mollets énormes, pieds très évasés et trapus (comme les Hobbits !!), mains comme de grands battoirs. Le visage est davantage tibétain, certaines femmes sont même blanche, type chinois. La frontière n'est pas loin, à moins de 50 km. Le costume féminin est une grande robe épaisse jusqu'aux pieds, enroulée. Une bande comme un tablier rectangulaire est attaché derrière (contrairement aux tibétaines vus à Kathmandu qui l'ont devant). Boucles d'oreilles en or avec une turquoise au centre, bijoux assez gros. Cheveux en tresse couverts ou non d'un foulard. En basket ou pieds nus !
Les hommes ont le "kurta-peïjama", c'est à dire une pantalon droit mais très large en haut qui se serre avec une ficelle comme un sac, le "peïjama" (l'origine du mot du mot français pyjama). La kurta est une longue chemise qui cache la ceinture pas très esthétique. Certains ont une kurta croisée devant, et une ceinture bariolée. Kukhuri népalais parfois (long couteau). Boucle d'oreille aux deux oreilles ! Chapeau népalais, espèce de calots coloré.
Descente rapide, dans le croisement incessant de "Jai Shambu !", salutation désignant un des nombreux noms du dieu Shiva.
A Laurabina, les femmes tricotent pour les gens de passage des ceintures, des bonnets, des chaussettes colorées, petit revenu touristique. Arrivé dans la forêt à nouveau, le silence revient, les pèlerins sont partis devant, à croire qu'ils ne se trouvent qu'à une certaine altitude !
Dans la forêt, sur le chemin très boueux, je marche à côté d'un grand serpent noir de bien un mètre de long qui longe le talus. Ce serait, paraît-il un cobra noir. Je marche désormais bien au milieu du petit chemin .....
A Chandanbari, je pose mes affaires et dors ...3 heures. Je suis réveillé par des clients qui arrivent. Ce ne sont pas des indiens (très bruyant comme les méditerranéens !) mais ça y ressemble. Les femmes crient, les hommes s'appellent, entrent, sortent, ....ils finissent par aller dans la salle commune et jouent aux cartes. C'est pire. Les femmes se chauffent autour du poêle. Un père et son fils sont là aussi, en costume traditionnel. Le père est pied nu, le fils a une ceinture bariolée entourée plusieurs fois autour de la taille, pull tricoté maison.
Dans la cours derrière, des hommes tuent une chèvre et la découpent au kukhuri. La nuit tombe vite et on allume une unique lampe économique en tire-bouchon.
Descente douloureuse au creux du genoux, un peu ras-le-bol de la pluie et du brouillard. Vivement le confort de Kathmandu ....
La longue soirée se passe à écrire avec mon dernier bout de crayon et je ne vois même pas ce que j'écris à la lueur blafarde de l'ampoule. Etant le seul touriste étranger, je suis la curiosité locale, d'autant que j'écris de la main gauche !!!!

Dimanche 02 Août 2009 - Chandanbari - Dunshe.
Normalement, descente rapide et arrivée à Kathmandu le soir.
Dans la descente, je rencontre un groupe "folklorique" qui effectue une danse rituelle avec un espèce de shamane au centre assis devant un plat de riz et une bouteille de bière. Offrande aux dieux ? Costumes traditionnels, plumes de paon comme chapeau, grelots et tambours. Dans une tea-shop plus bas, je m'arrête manger un peu. Une petite famille est là. Les parents semblent avoir 50 ou 60 ans, mais vu l'âge des enfants, je me trompe sûrement. 3 garçons et une fille, tous attardés ou presque. Le second est normal, les deux autres très limités et la fille est muette en plus.
Arrivée à Dunshe où un bus attend pour le départ. Je prends un ticket : 1500 roupies népalaise (15 €)! Après discussion et en ayant demandé aux passagers, ce ne sera que 200 rpsN, soit 2€. Patience !!!! Départ. Arrivé à Ramshe, gros orage, la pluie fait déborder le ruisseau qui longe la route, le chauffeur préfère s'arrêter et attendre une accalmie. L'orage redouble. Au bout d'un moment je sors voir avec mon imperméable (le chauffeur m'a "emprunté" mon parapluie !) ce qu'il en est. Beaucoup de gens sont sortis voir. La route est un gros torrent. Au fond, on aperçoit l'endroit que nous avions passé difficilement avec le bus en arrivant. La montagne est partie, il n'y a plus de route !!!!!!!!!
Soudain, un bruit de roulement se fait entendre au dessus de nous et les gens font signe en criant. Un pan de montagne glisse et dévale le gros ravin déjà formé par le déluge. On voit un nuage de vapeur d'eau s'élever sur le ravin et l'eau qui emporte les rochers. Ce qui restait de passage de la route pars aussitôt quelques centaines de mètres plus bas dans la vallée. Pendant que nous regardons, nous nous faisons attaquer par des sangsues qui profitent de l'attroupement pour se jeter sur nous. L'orage se calme et certains disent qu'on peut passer, mis que c'est glissant. Deux ruisseaux sont à passer. Les gens me disent qu'il ne faut surtout pas y aller, que c'est très dangereux ! Je repars au bus, prends mon sac et essaie d'avancer pour voir, il est déjà 16h et nous n'avons fait que 10kms. Le premier torrent est un amoncellement de rochers noyés dans l'eau boueuse. Certains traversent, mais difficilement. La pente est très raide. Je ne passerai pas ! Une famille est là, le couple et 2 ou 3 enfants petits. Le père veut passer et prends le plus grand des enfants sur ses épaules et tente de traverser. La femme crie et le supplie de ne pas traverser. Ambiance tragique, on attend le drame d'un moment à l'autre ! Ils passent. La femme refuse d'y aller. La traversée se fait dans l'eau, les rochers sont glissants, on risque à tout moment de tomber, peut-être de glisser et basculer dans le ravin profond. Le père hésite, ne sais que faire. La mère pleure, les enfants crient ...il décide de revenir. Ouf, fin de l'épisode !
Je reviens au bus. Des passagers me disent qu'il faut rester dans le bus et attendre, comme si ça les rassurait que je reste avec eux. Attendre un éventuel départ ou rester là passer la nuit. Mais attendre quoi ? Il est impossible que la route soit remise en état avant des jours. Mais ils sont confiants, ils disent que dés demain matin on pourra passer à pied et on prendra un bus de l'autre côté. C'est évident !
D'ailleurs personne n'a paniqué ou râlé. C'était plutôt des rires, des commentaires et de la patience, de la curiosité et du "tout à fait normal". Certains me disent : "c'est le Népal !".
Je prends la décision e prendre un bus qui repart à Dunshe. Je m'enfile dans le premier qui semble bouger. 1h30 de route ... pour 10 kms. Le bus roule dans la nuit, doucement. Le jeune qui ramasse les tickets demande 100 rpsN pour le trajet (Le prix pour Kathmandu est de 200 rpsN !). Tout le monde râle et refuse de payer. Ils ont remboursé l'aller et n'ont pris que 30 rpsN, mais là s'est exagéré. Je refuses aussi de payer. Il revient à la charge plusieurs fois, le tarif n'est pas négociable, le chauffeur est intraitable. Des gens commencent à payer quand même. Je dis non. Soudainement, la situation s'inverse et tout le monde me traite de tous les noms et que je dérange. Je dois payer !
Arrivé enfin au poste de police à 1 km avant l'entrée du village, tout le monde descend et on me demande de re vérifier le permis. Ils cherchent indéfiniment ma dernière entrée effectuée quelques heures avant. Je sors régulièrement voir si mon bus est toujours là, je n'ai pas envie de marcher à nouveau dans le noir. On me libère et je remonte dans le bus. En tout cas j'essaie. Un gars est en train de téléphoner sur le pas de la porte du bus et ne bouge pas. Je n'existe pas ! Je force le passage ....mais tout le monde s'en fout ! Je devrais d'ailleurs rester en haut des marches, je ne peux pas aller plus loin. Arrivée à la guest-house vers 19h.

Lundi 03 Août 2009. Dunshe-Kathmandu
Dans mon esprit, nous sommes bloqués là plusieurs jours. Je me lève tard, me lave et lave des affaires. Soleil intermittent. Dans la matinée, des bus claxonnent pour un départ. Il semble en effet que la ligne soit remise en route. Toutes les heures, des bus partent. Je remballe vite fait mes affaires (mouillées) et essaie de prendre le prochain. On me dit que le bus part à midi. Je suis à 11h50 à l'emplacement : il est déjà partit ! Un autre attend plus loin. Nous sommes 4 et il va partir. Nous partons enfin. Au poste de police, .... je sais, je sais, le permis ! On roule tombeau ouvert, ou en tout cas ça donne l'impression. Le bus est désert et les dossiers des sièges mal accrochés se balancent d'avant en arrière, les guirlandes sur la vitre de devant rythment les secousses du bus. Musique à fond, grincements, trous et bosses, l'ambiance est digne d'une fête foraine.
Arrivés à Ramshe on s'arrête. Terminus. On voit en face, des centaines de personnes comme des réfugiés qui attendent en file. Des bus sont garés.
Le premier torrent se passe pas trop mal, il faut mettre les pieds dans l'eau un peu. En continuant, je remarque que tous ceux qui arrivent ont les pieds mouillés et le bas des pantalons trempe... Deuxième torrent. De près, c'est beaucoup plus impressionnant. Tout un pan de la montagne à glissé et c'est un large ravin d'éboulis au milieu duquel coule de l'eau marron. Les deux passages de chaque côté sont très étroits, à flanc de précipice, on ne peut pas se croiser. Un petit plat dans le torrent permet de le passer. On laisse passer les gens de l'autre côté, plus nombreux. Puis on essaie de passer. Poli, je me mets côté ravin pour laisser les gens qui croisent côté montagne. Certains s'agrippent à moi comme à une corde, d'autres me poussent pour passer. Je décide d'inverser et de me mettre côté rocher, d'autant qu'avec mon gros sac à dos je suis déséquilibré. Assez de rigolade. Certains passent directement dans l'eau, d'autres passent sur de pierres émergentes, mais il faut mettre parfois les pieds dans l'eau quand même. Avec mes chaussures de montagne, je préfère éviter le bain. Arrivé en face, je suis obligé de jouer les béliers en poussant des gens qui essaient de passer quand même alors que je met le pied sur le bord. C'est comme les indiens : "moi d'abord !". Je n'ai pas mis encore deux pieds sur le rocher, que je suis obligé de me caler dans un creux de rocher ....parce que des gens essaient de faire passer 2 motos en prenant l'élan. Un qui tire devant avec une sangle, un autre qui pousse derrière, un sur le côté qui équilibre. Mais il n'y a pas de place pour tout ce monde, un seul seulement. C'est donc en petits sauts qu'ils passent la moto, tantôt lâchant tout, tantôt la rattrapant un rocher plus loin, etc. Je ne prends pas le temps de voir le passage en face qui descend assez raide, boueux et étroit ....
Une grosse flaque d'eau empêche de marcher sur la route. Tout le monde passe par le champs de maïs. Enfin, tout le monde sauf moi, parce qu'en tant qu'étranger je n'existe pas. Personne ne me laisse monter sur le muret. Munis de mon gros sac je passe en force de nouveau, à la stupéfaction de tout le monde. Un événement extraordinaire vient de se produire dans la vie quotidienne népalaise. Il a forcé le passage ! Ben oui, vous êtes pas les seuls au monde ! Même chose pour descendre de l'autre côté pour rejoindre la route, mais je suis en avantage : je suis au dessus et avec un gros sac sur le dos. Impressionnés, un népalais qui regarde surtout ses pieds, recule et me laisse le passage pour ne pas être écrasé. Je monte dans le premier bus en partance. Pas de place assise normalement mais je m'assoie sur un siège libre. C'est occupé, qu'il me dit le voisin ! Moi, je ne vois personne. Le contrôleur passe et me demande si j'ai un billet. Evidemment je n'en ai pas, je ne vois pas comment j'aurai pu en avoir un dans le torrent. Je ne discute pas (devenir zen devient la solution de survie !) et m'assoie sur mon sac au milieu du couloir. Il faut que je me cramponne à l'accoudoir d'à côté pour rester à peu prés en place. Normalement nous avons 9h de trajet comme ça ! On me dit si je ne veux pas aller sur le toit. Il fait beau, pourquoi pas ! 3 personnes sont déjà là. Deux sur les barres de la galerie, un sur le toit de la cabine qui fait comme un siège. Je choisis le devant, plus confortable que ces barres métalliques. Il faut s'asseoir sur la tôle et s'accrocher à des poignets derrière et sur le côté. Le bus saute et balance de tous les côtés, la route ressemble surtout à un chemin forestier. La vue est imprenable, superbe et le bus ne roule pas vite, donc pas trop d'air. Le "coussin métallique" et les poignées me font mal aux fesses et aux poignets. On risque d'être éjecté toutes les minutes ! 2h30 plus loin on descend dans une vallée en longeant un orage très proche. Une petite ville s'étale sur les côteaux, rizières à tous les états, petites maisons simples avec jardin fleuris, bananiers, pins, on se croiraient sur la côté d'Azur. Les gens labourent leur langue de terrain avec des boeufs, d'autres plantent, d'autres aménagent les petites digues et plantent des herbes pour soutenir le muret de terre. L'eau s'écoule doucement d'une terrasse à l'autre, faisant de petites cascades comme un jardin miniature japonais.
En arrivant dans la plaine, on me dit que je devrais payer 750 rpsN ! L'explication n'est pas claire, mais je finis par comprendre qu'il est interdit d'être sur le toit et que pour un étranger c'est l'amende. Je dois donc me coucher à l'arrière pour ne pas qu'on me voit, le temps de passer le poste de police. Les barres me rentrent dans les omoplates. Nous sommes arrêté devant le poste et le balcon donne directement sur le toit du bus ! Heureusement personne n'était à l'étage. Nous repartons. Arrêt pour manger plus loin. La pluie se remet à tomber. Nous devons revenir dans le bus.
Un jeune me laisse sa place assise pour aller sur le toit (!!!?). Je finirais donc le trajet assis. La route est longue, en pleine nuit, voie étroite, parfois il faut reculer pour laisser passer une voiture, jeu de cache cache avec les motos dans les tournants, ... Un népalais est assis au milieu du couloir. Un gars est monté aussi sur le toit et à laissé son sac à sa place, pour marquer SA place ! Le pauvre homme n'ose pas demander de s'asseoir.
Une fille debout finit par poser la question pour elle. On lui laisse un bout de siège pour poser une fesse, mais le sac reste là. Une lampe au milieu du bus éblouie tout le monde et les phares du bus n'éclairent qu'à un mètre devant. La route n'en finit pas, puis on aperçoit des lumières assez nombreuses dans la plaine en dessous. C'est forcément Kathmandu, il n'y a pas d'autre ville dans les parages. Arrivée dans la capitale bruyante, populeuse, polluée. Après un premier arrêt, le bus se gare et éteint les moteurs. C'est terminé !
Retour à la guest-house où règne un air de tranquillité et de confort qui se faisaient attendre sérieusement. Fin du voyage.


Forêt sur le chemin du trek

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Tout le monde descend ! Passage difficile...

 


Premier problème : la pluie à ravinée la route et le passage du bus est difficile dans le torrent ... Nous, nous passons à pied ... des fois que le bus dégringole! Ambiance sensation pour l'arrivée dans les montagnes ! Si, si , c'est la route ...

 


Costumes traditionnels Langtang.

 


Fleurs de montagne

 


fileuse de laine dans une maison sur le chemin. Vie traditionnelle du peuple Tamang.

 


fleurs de montagne

 


Beau temps pour la saison ! Vue des montagnes du Ganesh Himal de plus de 6 à 7000m

 


Derrière le col, la Chine !

 


Le matin aussi, vue sur l'Himalaya enneigé.

 


Faune locale. Une souris de la taille d'un cochon d'Inde ... pas farouche !

 


Le yak, animal par excellence de l'Himalaya

 


Les rhododendrons, fleur officielle du Népal

 


Danses traditionnelles rituelles.

 


Le shamane.

 


La pass de Laurabinayak, à 4630m, en plein brouillard et sous la pluie !

 


Chevaux sur fond de montagne du Langtang (7000m)

 


Ca c'est le route !

 


Retour semblable à des réfugiés en temps de guerre : la route à été complètement emportée par l'orage. Il nous faut traverser à pied le lendemain !
C'est le Népal !

 


La mère ne veut pas passer le torrent ...

 


Le père veut essayer !


Drame familial ...


Beau temps, ... mais cohue au portillon ! Le passage du torrent s'avère très périlleux.


Retour sur le toit du bus.