| SERVICE DANS LA RUE | |
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Mise en pratique du service prévu par l'Association KAMAL KE DIL fondée en Février.
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Démarrage du service des pauvres dans la rue et à la gare d'Howrah avec le financement de l'association. texte en gris déjà cité dans le journal commun, si vous l'avez lu, passez directement au texte en noir. |
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SERVICE A LA GARE Suite à la création de l'Association KAMAL KE DIL en Février avant mon départ, j'ai recommencé le travail à la gare d'Howrah, encore irrégulièrement en raison de la demande des soeurs MC de repeindre des statues. Il y a tant à dire sur ces moments là. Je vais donc vous les raconter par tranche. Aujourd'hui, c'est le départ à la gare d'Howrah.
Je
pars de chez moi vers 14h et je vais manger à Sudder Street, la
rue où il y a tous les touristes. Je mange du dal (lentilles),
ou des patates avec du riz ou des parathas (sortes de chapatis ou galettes
plates, mais enroulées et plus cuites). Tout dépend de l'appétit
ou du ras le bol de certains plats trop fréquents. Un chay (lait
et thé) pour la route. Je suis équipé d'un pantalon
noir et d'un tee-shirt quelconque : ce soir ils seront sales, gris et
imprégnés de l'odeur caractéristique de la saleté
(que certains appellent "odeur de mort", mais c'est un peu exagéré.
Bref, ça sent mauvais en tout cas !). J'ai un sac sur l'épaule
avec quelques vêtements à distribuer (pantalon, tee-shirt),
de l'argent pour acheter de la nourriture à la gare, une trousse
de premiers secours : bandages, gazes, pansements, bétadine, désinfectants,
lotion pour la gale, savon, gants) Je vais vers 15h à pied sur
les boulevards de Chowringhee, la grande avenue de Calcutta qui borde
le Maidan, la grande prairie qui entoure et protège le fort militaire
du XVIIIe. Il faut aller prendre à Esplanade les bus pour la gare.
Je me fait interpeller une bonne 10ène de fois par les vendeurs
qui sont sous les arcades des grands hôtels coloniaux, par les rabatteurs
des boutiques de soie et cachemire, par le vendeur de lunettes et celui
de petites robes pour fillettes très kitch (?), le vendeur d'aimants
qui en se frottant vibrent (c'est le jeu du moment), le gars qui attend
devant sa balance au cas où on voudrait se peser (!), le vendeur
de chemises qui appelle les clients en criant son petit refrain chanté
et rythmé, le vendeur de jouets en plastiques, celui de bracelets
et colliers de pacotilles de toutes tailles, celui qui vend des posters
de la Suisse ou de Gandhi, Jésus ou Shiva, les vendeurs de pantalons
ou de tee-shirts, ... etc, etc, .... De l'autre côté de l'Avenue
c'est plus calme et je traverse, au risque de me faire écraser
4 ou 5 fois par les bus ou les taxis qui roulent à fond sans s'arrêter.
Ils accélèreraient même pour montrer qu'ils veulent
être prioritaires. C'est la loi de l'intimidation, de la jungle
(d'ailleurs la jungle de Mowglie dans "le livre de la Jungle",
c'est au sud de Calcutta !). J'arrive à l'arrêt des bus.
Arrêt, c'est à dire qu'ils arrivent d'ailleurs et qu'ils
stoppent là pour faire le plein de passagers. J'attends un peu,
mais la plus part des bus vont vers la gare d'Howrah.
Revenons à notre bus. Fenêtres toutes ouvertes (il n'y a
que la pluie qui les fasse fermer les panneaux de bois), le bus roule
plus ou moins vite, frôlant et évitant les autres bus qui
essaient de passer devant et récupérer des clients. Les
fenêtres vibrent, les passagers s'accrochent aux barres et donnent
des coups de genoux au siège avant aux freinages secs. Le bus se
rempli petit à petit. La plus part des gens sont maintenant debout.
On passe devant le Jardin du Millenium, bordant l'Hooghly. Petits couples
dispersés derrière un buisson, derrière un parapluie,
à quelques mètres les uns des autres. Puis nous passons
devant les administrations et les quartiers des affaires, datant des années
30. Le marché aux fleurs débordant sur le boulevard, annonce
l'arrivée au grand pont d'Howrah, Rabindra Setu. (Setu = pont)
Bus et taxis se pressent sous la grande structure métallique, symbole
de Calcutta avec le Victoria Memorial. Construit en 1943 par les anglais,
il est le lieu le plus fréquenté de la ville. Des milliers
de gens le traversent pour relier Calcutta à Howrah. 500m de long
sur la rivière Hooghly (affluent du Gange), 90m au-dessus de la
route, 2590 tonnes de ferraille grise, éclairée le soir
de jaune ou blanc, mais surtout en rose-mauve vers 18h.
Une
femme rasée, vêtue d'un sari aussi sombre que sa peau est
assise là. Je lui fais signe si elle veut manger : "khana
?" (manger ?) Elle me fait signe que oui en dodelinant de la tête.
Difficile au début de savoir si ça veut dire oui ou non
ou pourquoi pas. Je sais maintenant reconnaître la différence.
Le regard, le mouvement de la tête, ces petites choses qui disent
des choses différentes selon la micro-mimique exprimée.
Je demande le prix des rolls. 7 Rs. C'est bon, ok.
Je
le regarde un moment. Pour tout le monde je suis le touriste occidental
normal, qui sirote son chay, assis sur son banc, l'air condescendant vers
cette loque humaine, qui plus est, un enfant. Des indiens ont vu que j'observais
le gamin. Pour eux c'est le paysage habituel, rien à remarquer
de particulier. Mais moi je le regarde. Alors, eux aussi ils font pareil.
Je leur fais signe de la tête : et alors ? c'est normal ? Amicalement
ils me font signe de la tête aussi : t'as qu'à lui donner
quelque chose. Sous-entendu, toi tu peux et en plus tu va me faire vendre
un truc pour lui. J'arrête de faire ce cinéma et je reprends
ce pour quoi je suis là. J'appelle le gamin. "Hé bachcha
!" Hé, petit ! Il se sent interpellé et me regarde.
Il n'a même pas le réflexe de comprendre que je peux être
une manne pour lui. Il me fait signe : quoi ? Je lui réponds aussi
par signe : manger ? C'est alors que le processus se met en marche. Son
attitude un peu bestiale se transforme en regard qui vous fait craquer.
Il me regarde sans rien dire, mais je lis une lueur d'espoir qui monte
en lui. Il ne sait pas s'il doit y croire ou non. Ce touriste va-t-il
me donner une roupie, un bonbon, veux-t-il une photo ? Je lui fais signe
vers l'étal de pâtes et de rolls. Il laisse son sac et me
fait signe que oui avec son regard attendri et ses yeux d'indien, grands
ouverts sur sa peau noire. Je lui dis de s'asseoir à côté
de moi. Il hésite, jette un regard furtif vers le patron du petit
shop. Sans demander d'autorisation, je lui dis qu'il peut, c'est moi qui
le lui demande. Un plat de pâtes avec des légumes et des
oeufs ? 18 Roupies. Un peu cher. Sans oeufs ? 12 Rps. Ok. Le gamin prend
sa petite assiette et dévore son repas. Il ne parle pas. Il profite
pour boire à la carafe en plastique qui sert à tout le monde.
Il boit de longues gorgées à distance, c'est le moyen de
ne pas souiller le récipient, tous les indiens boivent comme ça.
Il est fier d'être un client comme les autres.
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