| HOWRAH
SOUTH POINT
C'est
une petite visite à une autre association caritative que j'ai pu
voir un autre visage du volontariat à Calcutta. Tout d'abord en
traversant le fleuve Hoogly on change de ville pour aller à Howrah,
célèbre pour la gare, la plus grande d'Inde.
Bus
jusqu'au centre fondé à l'origine par le Père Laborde,
prêtre français qui a vécu auparavent 9 ans dans les
"slums", les bidons-villes de Calcutta, et qui servit de référence
avec un autre pour le roman "la Cité de la Joie".
Le centre est très grand, moderne, financé principalement
par des allemands. Nous rencontrons la responsable du Centre, nous sommes
invités, comme normalement en Inde, à prendre un thé
et des gâteaux. Jean, volontaire à Calcutta aussi, a séjourné
ici quelques mois, c'est lui qui m'accompagne et me fait la visite. Les
enfants sont en vacances, mais certains sont restés là.
Ados, jeunes, handicapés quasiment tous. L'un d'eux, une douzaine
d'année se déplace par terre en rampant, il est handicapé
des jambes. Il se débrouille bien et arrive à aller où
il veut. Il joue à la balle avec nous. Je me fait la réflexion
: c'est pas un jeu pour un handicapé moteur ! Il faut donc aller
chercher la balle à plusieurs reprises. Mais pour ce jeune, pourquoi
en serait-il privé ? Jouer avec une balle n'est pas pour lui ?
Il ira la chercher s'il faut, si personne ne veut l'aider. Il est capable
de le faire, même si c'est un peu compliqué et pénible.
Il nous suit partout. Jean le prend quelques fois sur ses épaules
pour monter à l'escalier ou pour se déplacer dehors. Ces
enfants sont extrèmement attachant, car ils sont comme n'importe
quel enfant, mais en plus avec leur handicap ils deviennent des héros
! Lorsqu'il est assis, rien ne le différencie d'un enfant de la
rue ou des autres. Ce n'est que lorsqu'il se déplace au sol en
trainant ses pieds morts, que notre pitié monte en nous et nous
fait comprendre combien il a besoin d'être aidé. Pas assisté,
mais aidé ! Ca me rappelle ce texte de la Bible où Dieu
donne à Adam une femme pour "l'aider". C'est un peu ce
qui se passe ici. Ces enfants dans des chaises roulantes ou se débrouillant
seuls ont besoin de compagnons de vie, d'aides pour être autononmes,
d'amour pour exister. Que seraient-ils devenus dehors ? Parfois les chiens
ont une meilleure vie que certains abandonnés comme moins que rien.
Moins que rien, c'est pas grand chose ! En France il n'y a pas d'extrème
à ce point, ici c'est presque banal. Mon Dieu, comme nous nous
sentons petits dans nos suffisances, dans nos principes, et même
dans notre pitié. Ils sont bien plus grand que nous, et nous ne
nous en rendons pas compte, ou si peu.
Nous avons visité deux dortoirs, l'un d'ados, l'autre de jeunes.
L'un d'eux a voulu que je sois photographié avec lui. Avec ses
petites jambes attrofiées il est sur son lit avec ses copains de
chambrée. Nous discutons ensemble, on rigole, Jean en prend un
debout sur ses épaules pour une photo. Ensuite, ils vont à
la salle de l'ordinateur. Ils sont comme chez nous, ils adorent passer
du temps sur cette drôle de machine aussi banale aujourd'hui que
de faire du vélo ou regarder un match de criquet à la TV.
Aussi banal chez eux que chez nous, en tout cas pour ceux qui y ont accés.
Le jeune handicapé est poussé sur une chaise roulante par
ces compagnons. Tous solidaires, pas le temps de jouer avec des rivalités
ou des égoïsmes, ici chacun est un rescapé comme les
autres, on a la chance d'être ensemble, l'entraide est une évidence,
une chance.
Le temps passe et nous ne pouvons pas rester plus longtemps. Nous reprenons
un bus, nous nous arrêtons dans un autre Centre de la même
association appelé Lalcouti (la maison rouge). La responsable générale
nous reçoit sous des images de Gandhi, Shiva, Jésus et le
croissant de l'Islam. Ici tout le monde est reçu, tout le monde
doit s'y reconnaître, se sentir chez lui. Donc pas de rejets des
autres religions, si importantes pour les indiens, même si l'association
est chrétienne. Avant tout on appartient à une religion
avant d'être indien.
Au moment où le monde s'enflamme pour des guerres de religions
à nouveau, l'Inde vit son quotidien avec sa misère et ses
différences ethniques, religieuses, les castes, les niveaux sociaux
si éloignés. Ce n'est pas parfait, c'est même parfois
explosifs, mais chacun sait que leur existence tient à cette unité
de la nation et que dans la pauvreté l'entraide est la meilleure
réponse à la vie si injuste pour eux.
PAssage dans une salle où des femmes cousent, brodent. Elles sont
handicapées moteur ou mentales. Une indienne avec son bébé
est là aussi pour leur donner un coup de main, comme une grande
famille, comme une vie pourrait se dérouler de la même manière
dans une ruelle ou un village. Moment de partage, de bonheur, de rires.
Notre petit ado s'amuse avec le bébé, le caresse et le fait
rire. Tout le monde se connait et tout le monde vit ensemble. Comme un
grand bâteau seul sur la mer, tout le monde vit là comme
une grande chance et avec bonheur. Les ateliers de rééducation,
l'école, les soins, les jeux, etc ... sont autant de lieux qui
permettent de se rappeler qu'ils sont comme tout le monde et même
mieux que beaucoup qui sont resté dehors dans l'anonymat et la
solitude.
Belle visite dans une association parmi les milliers qu'il y a à
Calcutta, chacune essayant d'apporter ce brin de bonheur et de vie nécessaire
pour exister. Et ils sont si nombreux dehors ...
RETOUR
<<
le
quartier d'Howrah autour du centre HSP - les ados dans leur chambrée
avec moi - une indienne et son enfant qui aide des femmes isolées
|