Nouvelles de KALIGHAT - premiers jours
Petit témoignage de Kalighat, le "mouroir" où je travaille le matin, et sortie avec deux soeurs dans les rues défavorisées.
la salle des hommes à Kalighat

Description : Je viens à Calcutta pour travailler le matin au centre des Missionnaires de la Charité dénommé "Kalighat". L'après midi je me le réserve pour travailler, visiter les rues, prendre "l'occasion" quand elle se présente pour rencontrer les indiens et leur vie. Premiers jours.

texte en gris déjà cité dans le journal commun, si vous l'avez lu, passez directement au texte en noir.

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Kalighat, la rue ...

Premiers jours à Kalighat et dés les premières heures ce sont déjà des grands moments d'émotion. Aider les soeurs à distribuer des couvertures dans la rue et c'est mettre les pieds sur la lune, c'est découvrir combien ils n'ont rien ... mais pas ce que l'on pense toujours.

Commençons par ces deux premiers jours à Kalighat.
Beaucoup de malades, la salle est prévue pour 50 et ils sont 60. Donc beaucoup d'indiens entre les autres lits. Durant ma première matinée, au fond, un vieil homme est mal en point. Ça se voit. Le regard un peu perdu, il ne bouge pas beaucoup ou fait juste des mouvements du bras qui ne correspondent pas à grand chose si ce n'est qu'il ne se sent pas bien. Les infirmières arrivent pour lui soigner son pied. C'est alors que j'arrive et je regarde. Forcément ce n'est pas un spectacle à regarder. Son pied est tout rongé et des centaines de vers grouillent dedans. Elles disent qu'il faudra plus tard lui ouvrir aussi la jambe pour aller déloger les vers qui sont dessous. Vu le travail de long haleine des infirmières pour sortir un à un les vers, le frère Jean-Bosco (moine de la communauté St Jean est là pour un an) tient le bras du malade pour ne pas qu'il gène les soins. Moi, je m'approche de sa tête et l'éponge car il transpire froid énormément. Ses cheveux sont trempes. Je lui tient l'autre main aussi, puis on me demande de la lui masser pour faire circuler le sang. Le visage de ce malade me rappelle les images du saint suaire qui sont dans nos églises de Cerdagne. Les joues creusées, les paupières fermées, le nez bien droit, la barbe bien taillée. Dans la matinée seulement, cet homme n'aura pas eu le temps d'avoir son pied guérit, il sera mort avant midi. Oh, ce n'est pas de son pied qu'il est mort, sûrement d'autre chose.
Ce matin de même, un petit vieux ne voulait pas du petit déjeuner que je lui proposait : une banane, des tartines de pain beurrée, un chay, un gâteau sucré spécialité de calcutta. Dans la matinée je le voyais qui étendait les bras pour avoir davantage d'air. Coincé entre deux lits, il était de ceux qui ont dépassé les effectifs de Kalighat. Son état dégénérant, on le porta vers l'entrée, c'est là qu'on peu les surveiller le plus. Vers 11h il semblait aller mieux, il était plus calme, il parlait avec les volontaires et les soeurs. Il mourra avant midi lui aussi. Il aura pu avoir à Kalighat une fin digne d'un homme, entouré et paisible. Au moins ça !
Autre anecdote de ces derniers jours, un jeune indien (je lui donnerai 25 ou 30 ans) qui est simple d'esprit ne parle pas beaucoup et reste recroquevillé sur lui-même. Il est là car son pied est totalement déchiré, on voit les os des doigts de pieds à l'air, du moins pour deux d'entre eux. Comme il est discret et ne demande rien, personne ne se préoccupe de lui. J'avais donc décidé ce jour là de repérer ceux qui sont un peu oublier. Je m'approche de lui et lui masse les jambes et les bras, le crâne (ils aiment bien ça), les tempes. Et voilà qu'il s'endort petit à petit comme un petit enfant de 5 ans que sa mère dorlote le soir. Il se réveille soudain en sursaut, comme s'il n'avait pas prévu de s'endormir. Les yeux grands ouvert il me regarde fixement. Un frère Missionnaires de la Charité arrive pour lui faire une piqûre. Il l'enfonce bien droite et complètement dans sa hanche. Je me suis mis dos à mon malade pour le tenir le temps des soins. Je me retourne et le voit hurlant de douleur, les yeux froncés, la bouche grande ouverte ... mais en silence et comme figé dans l'action. Impressionnant ! Silencieux même dans la douleur, il la garde malgré tout comme un cliché photographique comme pour arrêter le temps, comme pour dire sa douleur que personne n'a remarquée. Je lui fait aussitôt des massages, des caresses pour le réconforter avec ce que je peux. Il se calme petit à petit et fini par fermer lentement sa bouche. La piqûre a du aussi estomper la douleur.
Tous ces malades me surprennent toujours dans leur façon d'exprimer leur maladie, leur souffrance ou leur solitude. Leur cerveau à déjà pris le relais de déconnecter bien souvent mais leur dignité demeure.

Autre genre, autre lieu. Hier lundi, nous revenons avec un français de notre enregistrement à Sishu Bahvan. Nous rencontrons deux soeurs novices qui portent un gros sac de couvertures. Nous nous proposons pour les aider, sans savoir où elles vont. En fait elles nous invitent à être "porteurs" dans leur service journalier auprès des plus pauvres. Nous allons dans un petit "slum" (c'est à dire des maisons de fortune bâties de toiles de plastiques, de planches et de cartons). Nous distribuons les couvertures aux petites familles qui vivent là, une vingtaine d'enfants ont commencé à arriver en chahutant. Une soeur m'invite à entrer dans le petit abri où elle vient de laisser deux couvertures. Un peu de vaisselle, une sorte de table en planche où la mère se trouve assise, c'est là qu'ils dorment, isolés du sol, de la terre battue, des rats et des "bestioles" genre cancrelats gros comme un doigt. Toit en toile de plastique noir, pas vraiment de porte mais une entrée large. Je regarde un peu l'aménagement, et je découvre au fond avec les couvertures ... une télé. C'est bien connu qu'à Rio de Janeiro au Brésil, dans ces bidons-villes, dans les plus humbles et pauvres maisons ont trouve une parabole ou une télé. Ici, dans ce qui ne ressemble même pas à une maison, ils ont trouvé quand même une télévision !
La soeur veut que je distribue des gâteaux secs aux gamins. Elle me donne son sac bleu de Missionnaire et me voilà déguisé en "soeur MC". Les gamins se ruent littéralement sur moi, me tirent, plongent leurs mains dans le sac, s'écrasent mutuellement, sautent pour essayer d'attraper un bout de gâteau. Ce sont les plus grands qui arrivent à en avoir le plus, les petits sont bousculés et écrasés dessous. J'essaie de faire passer des gâteaux par en bas, isole un plus petit pour lui remettre son gâteau. Les autres m'écrasent les doigts et les gâteaux dans la main. Je stoppe aussitôt. Je leur demande de se mettre en file indienne. Ils obéissent, mais dés que je tire un gâteau l'excitation repars. En définitive je n'y arriverai pas. Avec les soeurs nous allons plus loin et petit à petit nous semons des enfants. Nous pouvons alors distribuer des gâteaux à des rickshaws qui attendent dans la rue, puis à une famille dans un atelier. Dur, dur, d'apporter quelque chose à ces gens. Kalighat, finalement, est un endroit privilégié où il nous ai possible de les aider sans toutes ces contraintes de la rue : faut-il ou non, comment, quoi, quand ...?

Hier soir, mes amis indiens ce sont démenés pour me trouver une chambre en dehors des hôtels de Sudder Street. De nuit, car ici la nuit tombe vers 17h à cette époque-ci, ils m'amènent dans le quartier qui se trouve derrière Mother House. Ils finissent pas trouver la clé. Petite chambre sympa, en rez de chaussée (de toute façon il n'y a pas d'étage), dans une petite ruelle étroite avec d'autres familles indiennes autour. En face, un atelier de maroquinerie qui fabrique des portes-monnaies. Ventilateur, éclairage et ... prise électrique. Natte par terre, mais ils me disent que si je veux un lit il y en a à 250 Rs. Pas cher, no problem ! Si, il y a un problème, il n'y a pas de salle de bain. Je ne cherche pas le grand luxe mais le minimum, même s'il est indien. Dans le village du Bihar en avril, j'ai testé et appris à me laver à la fontaine. On s'en sort assez bien. Donc, toilettes et eau à trouver autour. L'atelier d'en face m'a proposé de me servir à volonté de leurs toilettes. Pour l'instant, pas plus de nouvelles, mon rendez-vous aujourd'hui pour connaître le prix, les conditions et voir le propriétaire, à été annulé. J'y reviens plus tard, avec les indiens le temps n'a pas vraiment d'importance, c'est juste le moment présent qui compte. Alors si la personne que tu dois rencontrer n'est pas là, c'est pas grave, tu reviendras plus tard ou demain. Je me suis fait une heure de marche aller-retour pour ça ... pour rien, mais c'est toujours "no problem". Que dire de plus ? Rien sinon de revenir. Patience, patience !!!
Je vous tiens au courant de mes prochains logements. Pour l'instant je suis à l'hôtel Paragon, j'ai changé de chambre pour une sans gouttière, mais le soir il y a du bruit, les gens parlent tard et les nuits sont courtes. Je ne suis donc pas encore vraiment installé, le sac est toujours plein, j'attend de trouver un local plus grand pour déballer mes affaires.

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