| DES OMBRES | |||
| Les pauvres de la rue, des ombres qui se confondent avec le sol. |
mendiante dans la rue à Kalighat |
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Description : Rencontres avec les pauvres de la rue. texte en gris déjà cité dans le journal commun, si vous l'avez lu, passez directement au texte en noir. |
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DES OMBRES QUI SE CONFONDENT AVEC LE SOL Combien sont-ils ? Combien nous ne voyons pas ? Ils sont assis par terre, au même niveau des ordures et de la boue, au point que parfois on ne les voient pas tant ils font parti de leur environnement. Cette
fois-ci, je découvre davantage ce qu'est la vie quotidienne de
ces gens que nous cotoyons dans les centres. Dans la rue, ils sont différents,
ils sont dans leur vie "normale" et quotidienne. Nous leur apportons
une visite, quelques mots en hindi ou bengali, un peu à manger,
peut-être le seul repas du jour, nous regardons s'ils n'ont pas
une blessure, une plaie à soigner. Ils sont de hommes, des femmes,
des vieillards, des enfants ou des ados. On va éviter les enfants
car d'autres associations s'en occupent, telles qu'Ashalayam (Don Bosco),
la crainte d'être pris aussi pour des gens qui essayent d'abuser
de ces gosses, ce qui arrive si fréquemment ici. Pourtant ces enfants
ont tant besoin de contacts : ils nous montrent leur petites plaies fermées
depuis longtemps, juste pour qu'on s'occupe d'eux. Mais parfois les blessures
sont profondes, récentes, vraiment pas belles. Alors on prend un
moment avec eux, tout en essayant de les dissuader de renifler leur mouchoir
ou leur tissus plein de colle. En vain mais il faut toujours essayer ...
Non,
il n'y a pas d'avenir prévu, pas de grands projets, si ce n'est
d'essayer d'être là demain, de les suivre un peu dans leur
vie, leur apporter un minimum même si ça ne changera rien
à leur état. On pourrait aussi s'occuper des enfants, de
l'école, d'une réinsertion, d'un programme social, d'un
internement dans un hôpital psychiatrique pour certains ... mais
nous n'avons ni les moyens, ni le temps de le faire. Et puis, après
tout, en sont-ils là ? Parler de logement (et où ?) à
quelqu'un qui n'a rien à manger, qui ne vit que d'un sac de jute
même pas attaché, quelqu'un qui vit couché sur un
quai de gare, sur un trottoir ou dans une buse cassée au milieu
d'un dépotoir, est-ce la priorité ? Descendre plus bas,
encore plus bas, toujours plus loin, au point de se fondre avec les détritus,
au point de faire partie d'eux, de disparaître en eux. Ils en sont
là et cela paraît inimaginable à nos pauvres consciences
occidentales. Ils n'ont plus le courage ni la force de se lever, se mettre
debout, physiquement mais surtout psychiquement. Dormir, manger ce qu'on
a trouvé dans les ordures, dormir encore, parfois ne plus avoir
le courage d'aller faire ses besoins, et bien plus souvent ne plus avoir
le courage d'aller à la rivière se laver. J'ai donné
des vêtements à plusieurs, mais peu les ont gardés,
ils ont remis leur bout de tissus noir de crasse. Ils ont vendu le pantalon
? Pas sûr ! Dans le centre ville, ce sont des mendiants de profession,
en famille, avec leur abris de plastique, mais qui gèrent le moindre
bien pour le revendre, s'acheter de l'alcool, de la drogue, etc... Ceux
que je côtoient tous les jours n'en sont plus là. Ils sont
des dizaines, des centaines à changer tous les jours de vêtements,
non pas par propreté, mais parce qu'ils ont trouvé un nouveau
pantalon, un tee-shirt. Celui d'hier était propre et convenable,
tant pis, ils l'ont jeté pour ce vieux chiffon. Les choses matérielles
n'ont plus d'importance, plus rien n'a de valeur, de toute façon
leur vie ne compte plus pour personne, même plus pour eux. La peur
de la maladie, de la blessure, des policiers, l'angoisse de la mort, du
pire, ils vivent dans l'instant, dans ce qui est et non dans ce qui pourrait
arriver. Chaque minute peut déboucher sur une joie comme sur un
enfer. |
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