SHANTINAGAR
Léproserie de Shantinagar et barrage

léproserie

Description : 10 jours, hébergé dans la léproserie de Shantinagar, repos et promenades au bord du barrage.

texte en gris déjà cité dans le journal commun, si vous l'avez lu, passez directement au texte en noir.

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SHANTINAGAR

A 250 km au nord de Calcutta, à la frontière du Bihar et du West Bengal. Petit village où est installé une grande léproserie des Missionnaires de la Charité avec plus de 200 lépreux en soins. Une 10e de jours prés d'un immense et splendide barrage et à la campagne.

       
coucher de soleil sur les bambous - petite fille du village

      Faisant presque partit de la maison de Sishu Bahvan à Calcutta (orphelinat et enfants handicapés) depuis que je vais en Inde, pour restaurer, repeindre ou peindre des statues. Seul homme à travailler dans ce centre, les soeurs m'ont quelque peu adopté. Ainsi, Sr Sara Grace, la responsable, m'attend toujours pour de multiples travaux : repeindre le mur du jardin d'enfant, repeindre et restaurer une statue de la chapelle, décorer le petit réfectoire des orphelins, peindre une grande croix pour les 50 ans de la fondation du centre, etc... Cette année, je n'y ai peint qu'une fresque dans le réfectoire, puis ce sont les "hautes autorités" qui m'ont sollicitées à Mother House : vierge de Lourdes, grande croix de la montée à la chapelle, réparation des doigts de St Joseph.
Sr Maria Anita, soeur du Kérala, a d'abord été à New York pour s'occuper des sidéens, puis au Vénézuela et au Chili. Elle fut ensuite envoyée à Calcutta pour s'occuper à Sishu Bahvan des adoptions. Parlant espagnol, elle était un peu ma soeur de référence pour expliquer ce que je voulais. Durant ce séjour elle fut mutée à la léproserie de Shantinagar ! Pour elle, première fois dans un village, avec des malades dont les blessures se voient : des lépreux. Me proposant de l'accompagner, j'acceptais, l'occasion de voir un autre centre. Sr Sara Grace me demanda de dormir à Sishu pour que nous puissions partir le matin à 4h avec un petit groupe de soeurs en mini-bus MC.
4 bonnes heures de route vers le Nord. Au petit matin nous nous sommes arrêtés en pleine campagne dans un Carmel tout neuf inauguré l'été dernier 3 prêtres carmes et une 10e de jeunes en formation. Messe puis petit déjeuner. A noter que je fus mis un peu de côté pour laisser les soeurs entre elles. Je mangeais avec le chauffeur.
Arrivée dans le centre de Shantinagar. Très grand, en deux parties. La première étant composée des logements des soeurs et de la chapelle, un bâtiment pour les hôtes (dortoir où j'étais seul) et un bâtiment pour les enfants des lépreux ou orphelins. Enfin un petit groupe de maisons qui servaient d'étables, poulaillers, ... De l'autre côté, une deuxième partie était constituée des grands bâtiments pour les lépreux et de jardins potagers. Tout au fond, le cimetière, hélas faisant partie du quotidien de ces malades là.

  
fleur de bananier et fleur de lotus

D'autres soeurs arrivèrent dans les jours suivants pour compléter cette nouvelle communauté en formation. Arriva l'aumônier de la communauté : le Père Laborde. C'est lui qui servit de modèle au récit de la Cité de la Joie de Dominique Lapierre pour incarner le prêtre français. 9 ans dans les slums de Calcutta, vivant avec et pour les pauvres. Devenu prêtre séculier du diocèse, naturalisé indien, il monta une organisation caritative pour s'occuper des enfants handicapés (Howrah South Point, voir l'article de la visite), puis il voulus se retirer un peu et s'intégra comme aumônier des Missionnaires de la Charité à Shantinagar. Prêtre du Prado à Lyon, il avait voulu être littéralement immergé dans ce monde des pauvres en vivant au milieu d'eux. Bien que le roman de la Cité de la Joie parle d'un autre prêtre aussi (le Père Gaston) et qu'il y ai quelques situations inventées (une relation entre le prêtre et Bandonna, la jeune indienne), le fond est vrai et raconte quelques épisodes de sa vie. J'ai finit par lui poser des questions sur cette expérience et son avis sur le roman de Dominique Lapierre, un ami à lui. Il me disait que le roman avait touché des millions de personnes de par le monde et que des dons étaient arrivés en masse pour ce quartier défavorisé d'Howrah. En cela, le livre était très positif. Ces dons permirent d'améliorer les maisons, l'eau, les égouts, ... mais chassèrent les pauvres qui ne pouvaient plus payer leur logement qui avait forcément augmenté avec le confort. Bandonna, la jeune indienne qui s'occupait des plus pauvres dans ce slum existe bien et elle a consacré toute sa vie à Dieu et aux plus pauvres. Elle fut très choquée et déçue de ce récit où l'auteur la faisait passer pour une fille qui couche.
Nous avons eu de longues discussions avec le Père Laborde lors de nos déjeuners communs. Il me disait que dans ces slums, c'était "le plus grand monastère du monde". Tous ces indiens prient, et Dieu fait partie intégrante de leur vie. Il a cette nostalgie de prier à nouveau avec eux. "Nous nous reverrons" m'a-t-il dit.

          
promenade en barque avec les soeurs

Pour ce qui est de la léproserie, les soeurs n'ont pas voulu que je m'approche et m'occupe des lépreux. Contagions paraît-il. La lèpre se transmet principalement par la salive, lorsqu'ils toussent. Il n'y a donc pas trop de danger, moins qu'un tuberculeux par exemple. Le développement de la maladie est très lent, plusieurs années, et il y a des médicaments très efficaces, à condition de prendre la maladie au début. Ensuite il faut stopper la lèpre, mais couper les membres atteints qui ne réagissent plus à rien. La lèpre s'attaque surtout aux mains, pieds, visage. Toujours considéré comme une malédiction, les gens sont rejetés, isolés, et n'arrivent des les centres que bien trop tard. Les premiers signes de la lèpre sont des tâches blanchâtres, pourtant faciles à reconnaître. Mais la peur de l'exclusion, la honte, le désespoir, les fait attendre le dernier moment où leurs membres pourrissent.

    
vaches en liberté et buffles tirant une charrette

Je n'aurai donc pas pu voir les lépreux, juste quelques malades non-lépreux. Avant de partir les soeurs m'ont invitées par contre à assister aux opérations avec un médecin indien. Juste regardant, j'ai assisté aux coupages de doigts de la main, du pied, et surtout d'une jambe. Talon lépreux et jambe avec un cancer qui progressait vers le haut : donc décision de couper sous le genou. Le malade était endormi. Découpe au scalpel de la peau, des muscles, chair, puis scie à métaux pour l'os. Je peux vous assurer que ça fait bizarre de voir tomber un pied dans la poubelle dessous, un pied qui appartenait à un homme vivant, un pied qui lui servait à marcher il y a une heure encore. J'ai contemplé son pied de longs moments dans la poubelle, relativisant sur tous les petits bobos et égratignures dont on peut se plaindre dans la vie. J'imaginais cet homme à son réveil, ne voyant plus son pied, à qui on allait fabriquer une jambe en bois. Et je suis presque sûr qu'il aura trouvé cela normal. Après tout, il était lépreux et c'est l'évolution normale de la maladie et ses conséquences. En Inde on assume ce que l'on est, même si ce n'est pas toujours facile de se dire qu'on aura un membre en moins ou que l'on va mourir peut-être bientôt.

             
maisons de village

A Shantinagar, la semaine s'est surtout passée en repos, promenades au bord du grand lac. Barrage inauguré par Nehru en 57, surveillé par les militaires. Grand lac avec des îles, des montagnes autour, où l'eau se confond avec le ciel, superbes couchers de soleil sur les eaux calmes. Le soir j'allais m'y promener, traversant de petits villages en terre, les murs bien lissés, décorés parfois de motifs en reliefs, les femmes allant à la fontaine chercher l'eau, les enfants jouant et voulant être pris en photos bien sur. Les jeunes se retrouvaient pour discuter, montrer leur moto, boire un vin de palme (infecte !). Certains avec de longues perches essayaient d'accrocher leur fil à la ligne électrique pour pirater un peu d'éclairage pour le soir. Dans la journée, les femmes et les petites filles allaient au bord du lac faire la lessive et la vaisselle en portant sur leur tête les ustensiles de cuisine. Plus loin, des hommes déchargeaient des pierres des barques. Buffles se lavant ou marchant sur la berge, entourés d'oiseaux blancs qui marchaient au milieux de leurs pattes. Chaud dans la journée, très frais le soir au coucher du soleil. L'hiver en Inde n'est pas si agréable dans ces régions du nord.
Les soeurs avaient bien quelques statues à repeindre, mais nous n'avons pas trouvé de peintures adéquates. Je crois aussi qu'elles n'en avaient pas particulièrement envies non plus.

Donc repos obligatoire, mais au bout de 10 jours je demandais à rentrer à Calcutta pour retrouver mon travail à Kalighat et le bruit de la ville. Je reviendrais peut-être à Shantinagar avec mon matériel de peinture perso et pour revoir le Père Laborde.

            
les femmes allant laver la vaisselle au lac - coucher de soleil (sans trucage) sur le lac

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