| SHANTINAGAR | |
| Léproserie de Shantinagar et barrage |
léproserie |
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Description : 10 jours, hébergé dans la léproserie de Shantinagar, repos et promenades au bord du barrage. texte en gris déjà cité dans le journal commun, si vous l'avez lu, passez directement au texte en noir. |
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SHANTINAGAR A 250 km au nord de Calcutta, à la frontière du Bihar et du West Bengal. Petit village où est installé une grande léproserie des Missionnaires de la Charité avec plus de 200 lépreux en soins. Une 10e de jours prés d'un immense et splendide barrage et à la campagne.
Faisant presque partit de la maison de Sishu Bahvan
à Calcutta (orphelinat et enfants handicapés) depuis que
je vais en Inde, pour restaurer, repeindre ou peindre des statues. Seul
homme à travailler dans ce centre, les soeurs m'ont quelque peu
adopté. Ainsi, Sr Sara Grace, la responsable, m'attend toujours
pour de multiples travaux : repeindre le mur du jardin d'enfant, repeindre
et restaurer une statue de la chapelle, décorer le petit réfectoire
des orphelins, peindre une grande croix pour les 50 ans de la fondation
du centre, etc... Cette année, je n'y ai peint qu'une fresque dans
le réfectoire, puis ce sont les "hautes autorités"
qui m'ont sollicitées à Mother House : vierge de Lourdes,
grande croix de la montée à la chapelle, réparation
des doigts de St Joseph.
D'autres
soeurs arrivèrent dans les jours suivants pour compléter
cette nouvelle communauté en formation. Arriva l'aumônier
de la communauté : le Père Laborde. C'est lui qui servit
de modèle au récit de la Cité de la Joie de Dominique
Lapierre pour incarner le prêtre français. 9 ans dans les
slums de Calcutta, vivant avec et pour les pauvres. Devenu prêtre
séculier du diocèse, naturalisé indien, il monta
une organisation caritative pour s'occuper des enfants handicapés
(Howrah South Point, voir l'article
de la visite), puis il voulus se retirer un peu et s'intégra
comme aumônier des Missionnaires de la Charité à Shantinagar.
Prêtre du Prado à Lyon, il avait voulu être littéralement
immergé dans ce monde des pauvres en vivant au milieu d'eux. Bien
que le roman de la Cité de la Joie parle d'un autre prêtre
aussi (le Père Gaston) et qu'il y ai quelques situations inventées
(une relation entre le prêtre et Bandonna, la jeune indienne), le
fond est vrai et raconte quelques épisodes de sa vie. J'ai finit
par lui poser des questions sur cette expérience et son avis sur
le roman de Dominique Lapierre, un ami à lui. Il me disait que
le roman avait touché des millions de personnes de par le monde
et que des dons étaient arrivés en masse pour ce quartier
défavorisé d'Howrah. En cela, le livre était très
positif. Ces dons permirent d'améliorer les maisons, l'eau, les
égouts, ... mais chassèrent les pauvres qui ne pouvaient
plus payer leur logement qui avait forcément augmenté avec
le confort. Bandonna, la jeune indienne qui s'occupait des plus pauvres
dans ce slum existe bien et elle a consacré toute sa vie à
Dieu et aux plus pauvres. Elle fut très choquée et déçue
de ce récit où l'auteur la faisait passer pour une fille
qui couche.
Pour ce qui est de la léproserie, les soeurs n'ont pas voulu que je m'approche et m'occupe des lépreux. Contagions paraît-il. La lèpre se transmet principalement par la salive, lorsqu'ils toussent. Il n'y a donc pas trop de danger, moins qu'un tuberculeux par exemple. Le développement de la maladie est très lent, plusieurs années, et il y a des médicaments très efficaces, à condition de prendre la maladie au début. Ensuite il faut stopper la lèpre, mais couper les membres atteints qui ne réagissent plus à rien. La lèpre s'attaque surtout aux mains, pieds, visage. Toujours considéré comme une malédiction, les gens sont rejetés, isolés, et n'arrivent des les centres que bien trop tard. Les premiers signes de la lèpre sont des tâches blanchâtres, pourtant faciles à reconnaître. Mais la peur de l'exclusion, la honte, le désespoir, les fait attendre le dernier moment où leurs membres pourrissent.
Je n'aurai donc pas pu voir les lépreux, juste quelques malades non-lépreux. Avant de partir les soeurs m'ont invitées par contre à assister aux opérations avec un médecin indien. Juste regardant, j'ai assisté aux coupages de doigts de la main, du pied, et surtout d'une jambe. Talon lépreux et jambe avec un cancer qui progressait vers le haut : donc décision de couper sous le genou. Le malade était endormi. Découpe au scalpel de la peau, des muscles, chair, puis scie à métaux pour l'os. Je peux vous assurer que ça fait bizarre de voir tomber un pied dans la poubelle dessous, un pied qui appartenait à un homme vivant, un pied qui lui servait à marcher il y a une heure encore. J'ai contemplé son pied de longs moments dans la poubelle, relativisant sur tous les petits bobos et égratignures dont on peut se plaindre dans la vie. J'imaginais cet homme à son réveil, ne voyant plus son pied, à qui on allait fabriquer une jambe en bois. Et je suis presque sûr qu'il aura trouvé cela normal. Après tout, il était lépreux et c'est l'évolution normale de la maladie et ses conséquences. En Inde on assume ce que l'on est, même si ce n'est pas toujours facile de se dire qu'on aura un membre en moins ou que l'on va mourir peut-être bientôt.
A
Shantinagar, la semaine s'est surtout passée en repos, promenades
au bord du grand lac. Barrage inauguré par Nehru en 57, surveillé
par les militaires. Grand lac avec des îles, des montagnes autour,
où l'eau se confond avec le ciel, superbes couchers de soleil sur
les eaux calmes. Le soir j'allais m'y promener, traversant de petits villages
en terre, les murs bien lissés, décorés parfois de
motifs en reliefs, les femmes allant à la fontaine chercher l'eau,
les enfants jouant et voulant être pris en photos bien sur. Les
jeunes se retrouvaient pour discuter, montrer leur moto, boire un vin
de palme (infecte !). Certains avec de longues perches essayaient d'accrocher
leur fil à la ligne électrique pour pirater un peu d'éclairage
pour le soir. Dans la journée, les femmes et les petites filles
allaient au bord du lac faire la lessive et la vaisselle en portant sur
leur tête les ustensiles de cuisine. Plus loin, des hommes déchargeaient
des pierres des barques. Buffles se lavant ou marchant sur la berge, entourés
d'oiseaux blancs qui marchaient au milieux de leurs pattes. Chaud dans
la journée, très frais le soir au coucher du soleil. L'hiver
en Inde n'est pas si agréable dans ces régions du nord. Donc repos obligatoire, mais au bout de 10 jours je demandais à rentrer à Calcutta pour retrouver mon travail à Kalighat et le bruit de la ville. Je reviendrais peut-être à Shantinagar avec mon matériel de peinture perso et pour revoir le Père Laborde.
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